C’est toujours une expédition nouvelle, malgré l’habitude que nous avons maintenant et seuls ceux qui sont pris par ce virus peuvent comprendre. J’ai toujours du plaisir à raconter ce qui s’est passé, c’est comme si j’y étais encore, c’est un prolongement de la pêche et, comme il ne faut pas changer une organisation qui marche, c’est reparti…. Cette année nous sommes six, c’est une bande de copains, Roger et Paul nous ont rejoints. Après les préparatifs habituels, soirée chez Georges pour envoyer la commande à Gary, qui va se charger d’acheminer pas mal de nourriture et de boissons, c’est toujours cela en moins à trimbaler.
1er jour de pêche
A 5 H du matin tout le monde est au bord de l’eau dans l’attente de l’ouverture qui est à 6 H. C’est en attendant qu’on fait les plus belles prises. Le temps est assez frais, nous ne voyons pas de poissons marsouiner, ce n’est pas un très bon signe. Heureusement il n’y a pas trop de monde, donc plus de poissons pour nous.La matinée se passe sans aucune touche, heureusement l’après-midi nous prenons trois poissons, ce n’est pas folichon, nous avons nos premiers filets. La migration n’est pas encore commencée, il faut prendre patience, cela ne saurait tarder, demain sera sûrement meilleur.
Un bon apéro, une petite soupe et au lit.
Toujours l’organisation. Théoriquement c’est Aristide qui s’occupe du petit déjeuner. Moi je ne mange rien, je prépare un casse-croûte que je mangerai sur la barque (après avoir pris mon poisson), cela peut durer longtemps.
Nous sommes deux par barque, nous changeons de partenaire tous les jours. Je suis avec Richard, ce matin nous visitons les endroits qui étaient bons l’année dernière, mais pas de touche en onze heures de pêche, seuls Roger et Georges tireront leur épingle du jeu. Nous avons le temps, il y aura sûrement de très beaux jours à venir.
Il est près de minuit, le ciel est gris, il commence à pleuvoir, peut-être que ce changement de temps aura une influence sur le comportement des poissons. Allez, une courte mais bonne nuit !
Cette fois c’est bien parti, nous sommes tous dans le bain, le décalage horaire est presque digéré. Nous sommes toujours aussi matinaux pour essayer d’être dans les premiers pour avoir les meilleures places qui sont rares, mais s’il n’y a pas de remontées cela sera assez compliqué, pourquoi ? nous n’en savons rien si ce n’est que, comme partout, l’homme détruit, surpêche au filet dans les estuaires pour enrichir quelques malheureux qui se croient heureux……..

Le départ est donc donné, c’est Richard qui, après cinq minutes, sort un joli poisson. Il décide de le garder, sa pêche est finie pour la journée, il a raison, il ne faut pas faire le difficile. Cependant cette journée sera bonne pour presque tout le monde. Le temps est très beau. Je suis avec Paul, nous n’avons pas une seule touche de la matinée. Après un bon repas, nous repartons, il ne faut surtout pas désespérer. J’en prendrai un joli. Paul, lui, est comme la tortue de la fable, il démarre doucement mais il nous rattrapera sûrement. Ce matin j’ai mis les grandes bottes, j’ai beaucoup trop chaud, cet après-midi je repars en baskets. Après quelques heures, une pluie torrentielle s’abat sur nous et ne nous quitte plus, ce pays est vraiment imprévisible. Nous pêchons à côté d’une bande d’Américains assez sympas qui sont contents de nous montrer les quelques mots de Français qu’ils connaissent. Ils sont avec un garde du cru que nous connaissons depuis plusieurs années, nous l’avons surnommé Popeye à cause de sa ressemblance. C’est vraiment un gars très spécial, il est connu de tous les Alaskans du secteur.

Nous rentrons vers 22H30. La pluie a cessé, il faut encore nettoyer le poisson, se laver, manger, la vie est vraiment dure ici. Je suis sûr que pas mal de monde nous prendrait pour des fous s’ils savaient ce qui se passe ici. Nous sommes ici depuis trois jours, le ciel est maintenant bien dégagé, il est minuit, le soleil éclaire le Mt Mc Kinley qui est toujours en face de moi. Tout le monde dort, je vais aussi me coucher, à demain !
Cette journée a l’air bien, j’ai dormi d’une seule traite, quelle nuit !!! Quatre heures de sommeil. Aristide est entrain de chauffer l’eau pour le café. Tout le monde est debout, mais pas très vaillants. De toutes façons nous sommes toujours sur place bien avant l’heure de pêche. J’ai le temps d’observer la rivière, aucun poisson ne se manifeste et si pas de poissons, pas de prises, on verra !!!

Le temps est à peu près correct, il ne pleut pas mais il fait assez froid. Nous sommes tous concentrés sur la pêche mais rien ne bouge, chacun observe à droite, à gauche, calme plat. Roger en prend tout de même un moyen. Georges lui, par malchance, le laissera repartir, sa tresse devait être abîmée, le poisson s’est enfui avec la banane et une dizaine de mètres de fil. Nous le voyons après, faire plusieurs cabrioles pour se débarrasser de cet engin qui lui encombre la bouche, j’espère qu’il y parviendra.
A midi, le repas est, comme d’habitude, copieux. Avec les idées de tous, le menu s’améliore sans cesse.
Aujourd’hui je suis avec Georges, nous restons pour faire une sieste. Cela ne sera pas une perte de temps, puisque personne ne prendra plus de poisson. Seul Richard fera une pêche miraculeuse, si vous voulez savoir, demandez-le lui…..
Nous sommes tous rentrés pour 20 H et si la population de saumon sauvage diminue dans le monde, ce n’est pas de notre faute : six pêcheurs, soixante dix heures de pêche, un poisson. Nous sommes très respectueux de la nature !
Nous passons une soirée calme où l’insouciance et le rêve sont les maîtres mots, c’est une belle soirée. Aristide, Paul et Georges nous quittent, ils dorment dans le lodge à côté. Cette nuit est un peu plus longue, sept heures de sommeil en rêvant toujours d’immenses bans de saumons entrain de remonter la rivière dans les prochains jours, c’est tout de même pour cela que nous sommes là. Et c’est sur des airs d’accordéon du folklore alsacien que se termine cette journée et vive les rois de l’accordéon. A demain.

Déjà notre cinquième jour et ce n’est pas très folichon, les saumons attendent toujours pour remonter, cela ne nous arrange pas et s’ils ne montent pas pour se reproduire, il va y avoir un dépeuplement. Je suis avec Aristide, l’eau commence à monter sérieusement. Avec le soleil, la neige des montagnes qui nous entourent fond à grande vitesse, les poissons vont le sentir et la migration sera plus facile pour eux. Nous nous installons, comme d’habitude, dans le coin que nous supposons être bon et nous pouvons observer quelques beaux remous causés par des poissons derrière nous. Nous remontons nous ancrer quelques dizaines de mètres plus haut pour pouvoir pêcher dans leur secteur et c’est avec un réel espoir que nous commençons notre journée de « labeur ». Après une heure, nous nous regardons et pensons déjà que cette journée ressemblera aux autres. J’en sors tout de même un petit, ce qui me permettra d’ajouter quelques filets aux autres, il n’y a pas de petits profits quand les temps sont durs. Et c’est après la sieste que nous repartons . J’en reprends tout de même un petit qui sera mangé demain à midi, il y a toujours de l’espoir. Paul et Aristide s’obstinent. Richard est en pleine lecture avec son pendule, il va nous dégoter l’endroit où les poissons vont abonder. J’espère que Paul sera réceptif, il en a bien besoin. Richard prend une belle femelle et Roger s’occupe des œufs pour faire son caviar. Tout le monde rentre, demain sera sûrement meilleur.

Ce soir nous mangeons rapidement, le repas ne dure que deux heures et c’est toujours avec l’accordéon (au grand dam de Paul, le Jeune), que Georges nous propose son « Irish Coffee ». Nous nous couchons. Tout est calme, le ciel est magnifique, on peut y voir trois climats différents : gris à l’est avec certainement des orages, bleu chez nous et au sud et blanc au nord, où il se confond avec les chaînes de montagne. Le niveau d’eau du fleuve est monté de plus de 50 cm et commence à charrier des troncs d’arbres qu’il faut éviter lorsque nous naviguons, ou dévier lorsque nous sommes entrain de pêcher. Demain sera sûrement une belle journée. Il y a quelques moustiques qui m’énervent, je dois mettre de l’anti-moustiques sur les oreilles pour dormir. Ah, s’il n’y avait pas de moustiques, quel beau pays !

Le réveil est très dur, je ne suis pas en pleine forme aujourd’hui. Je suis avec Roger, nous partons les derniers, les barques de nos amis sont déjà en place, nous nous installons un peu en retrait et à 6 H le fil est dans l’eau. Cinq minutes après j’ai un très joli départ, Roger manœuvre la barque et nous allons l’épuiser quelques 300 mètres plus bas. Je suis content, la journée s’annonce bien, mais ce ne sera qu’un feu de paille, jusqu’à midi plus de touches dans le secteur.
Après un bon repas et une petite sieste, nous repartons. Aristide a sorti un joli 14 kg, J’espère que cela va continuer. Après un bon moment d’attente, je décide de rentrer avec Aristide. Pour nous, la pêche a été bonne, la journée est finie et il y a pas mal de choses à préparer et à ranger au lodge, c‘est un bon passe-temps.
Pendant qu’Aristide prépare son caviar et en attendant les copains, je prépare le souper en espérant qu’il y aura d’autres poissons. Aujourd’hui était une journée splendide et la neige fondante continue de faire monter régulièrement le niveau d’eau, les troncs d’arbres descendent de plus en plus.

A 21H30 tout le monde est rentré. Deux poissons pour six pêcheurs, pas terrible. Chacun commence à compter les jours restants et le poids déjà pêché. Nous avons encore du temps, mails il ne faut tout de même pas tarder. La tension monte un peu, demain sera un jour meilleur. Plusieurs jolies pièces ont tout de même été sorties, il ne faut pas être trop gourmand. Il me semble qu’une belle remontée se prépare, demain sera sûrement bon, nous sommes à la moitié du séjour. Et les plaisanteries fusent de toutes parts. Paul a tout de même quelques soucis, il pense à sa famille qui a des problèmes en Alsace avec les orages. Richard remonte de la douche, il a tout nettoyé à fond, c’est ce qu’il nous dit. Je vais me coucher, à demain.

7ème jour

La journée s’annonce belle, il a fait froid, le soleil est déjà là, hier après-midi plusieurs poissons ont été pris à un endroit que nous comptons bien occuper. Malgré l’heure matinale, il y a déjà un guide qui est entrain d’occuper la place pour amener ses clients, nous nous installons à côté. Toutes les cannes à l’eau à 6H pile, concentration parfaite pour tous, au bout d’une demi-heure très calme, la concentration diminue, rien ne bouge, encore une journée où les saumons doivent bien se moquer de nous. Sur une trentaine de pêcheurs que nous pouvons observer, seulement deux poissons sont sortis, pas chez nous hélas. Paul a tout de même le temps de prévenir Aristide que sa canne est bien secouée, le poisson est au bout. Avec Georges à la manœuvre, le poisson est dans l’épuisette, mais il est remis à l’eau, c’est un rouge, c’est un poisson qui est depuis pas mal de temps dans l’eau douce, il est entrain de muer, sa chaire est beaucoup moins bonne. Du coup l’espoir renaît, nous repêchons tous sérieusement, j’essaye de m’appliquer aussi mais à midi nous rentrons au lodge.
Côte d’agneau, flageolets, c’est un régal, nous avons tous bon appétit. Après un café bien « serré », nous repartons à la pêche et allons tenter notre chance dans un autre endroit. Au début de l’après-midi il ne se passe pas grand-chose à part quelques touches.
Richard ferre le premier mais il se décroche à un mètre de l’épuisette. Autour ne nous il y a aussi quelques pêcheurs qui ont des touches, nous avons bon espoir et cela arrive, j’en ferre un très beau que je ne peux retenir. Il m’entraîne vers les barques voisines, j’essaie de le ferrer mais je ne réussis qu’à me faire casser, il s’enfuit avec ma banane, c’est de ma faute, frein mal réglé. Il y a un castor qui vaque à ses occupations près de nous. Richard fait des photos.Il est 21H, nous décidons de rester encore une heure. Le soleil est splendide, il est encore très haut dans le ciel. Il y a pas mal de moustiques, nous allons rentrer. Richard tente sa chance au pied de la baraque et après une secousse terrible suivie d’un ferrage terrible, il ne lui reste plus au bout de la canne qu’un morceau de tresse qui pend lamentablement et c’est là que l’on s’aperçoit que toutes les techniques théoriques que l’on met au point devant l’apéro sont irréalisables. Nous rentrons tous, encore pas terrible mais toujours le même optimisme, demain sera bon et Paul, malgré ses échecs, ne se départit pas de sa bonne humeur. Maintenant, lorsque je me couche, je n’ai plus le temps d’écouter les musiques de Richard, je m’endors illico ainsi que toute la troupe.
Je dois reconnaître que ce n’est pas une année exceptionnelle. A la moitié du séjour nous n’avons pas encore fait de pêches miraculeuses. Georges soigne son doigt, il s’est planté un hameçon dedans, l’ardillon a disparu dans la chair. Il a été vite retrouvé par Paul avec son bistouri portable, dans un acte de chirurgie que Cabrol ne renierait pas (au cœur du doigt). Tout cela ne nous empêchera pas de nous lever aussi tôt demain.
C’est notre 2ème semaine de conquête halieutique. Nous nous dirigeons vers l’endroit où hier les poissons semblaient être arrivés, mais la nouvelle s’est propagée et nous ne sommes pas les premiers. Il n’y a plus d’endroit où l’on peut être tranquille dans ce secteur. Nous nous rabattons vers un coin où j’ai toujours pris du poisson. Il y a de la place, nous balançons nos lignes et après un quart d’heure, c’est une très belle touche que Georges met à l’épuisette. Quelques centaines de mètres plus bas, on reprend notre place. Georges attend sa touche. Je profite de ces moments d’attente que j’aime pour nettoyer mon joli saumon, réparer mes « clowns », savourer mon sandwich. Et c’est au tour de Paul d’en ferrer un beau, plus gros que le mien. Il se bagarre bien, malgré quelques problèmes que j’ai avec le moteur de ce canoë que je n’ai jamais conduit. Nous l’épuisons assez rapidement. Il y a deux très beaux poissons dans la barque. En passant à côté de Roger et d’Aristide, nous leur faisons signe de venir prendre notre place, ce qu’ils font bien volontiers. Bien leur en prend, puisque quelques deux heures plus tard, ils seront au lodge avec leurs prises. Aujourd’hui c’est Roger qui a pris le plus gros, 18 kg. Richard et Georges rentrent aussi. Georges a le sien, Richard lui, a repris sa bonne habitude de l’an dernier : il les sent, ils les ferre et il les manque.

A midi c’est omelette, salade de concombre et verte. Nous avons pas mal de provisions qu’un ami que je n’ai pas revu depuis 20 ans et qui s’est trouvé là presque par obligation puisque la rivière où il avait coutume d’aller tous les ans a été fermée à la pêche au King par manque d’eau, nous a données. Ils avaient vu un peu grand en provisions pour leur groupe, pour nous pas de problème, nous avons bon appétit, il faut bien manger et bien boire pour supporter cette vie « très dure ». Toute l’équipe fait la sieste et vers 17H certains vont faire un tour pour pêcher la truite. Il fait un temps splendide mais un peu froid, le vent du nord sent la neige, nous sommes bien habillés, ce qui nous évite en même temps les piqûres de moustiques qui sont de plus en plus nombreux. Paul est réveillé lui aussi mais il n’a pas plus que moi l’envie de repartir, c’est repos. Seuls Richard et Georges sont repartis. Ils rentrent assez tôt, Richard en a un beau. C’est la plus belle journée de pêche du séjour.

Il est 19H, chacun vaque à ses occupations, les filets sont empaquetés pour l’envoi à l’usine de congélation. Dommage qu’il y a trop de moustiques, cinq minutes sans bouger et il faut s’enfuir. Ce soir à 21H tout le monde se couche, moi aussi. Demain je suis avec Georges, on se réjouit d’avance, il y aura sûrement de quoi s’amuser, les poissons sont là. Richard a enfilé ses grandes chaussettes pour la nuit et c’est avec un grand soleil que nous nous endormons.
9ème jour
Réveil toujours aussi dur, je suis assez fatigué. Je pars avec Georges, le temps est assez beau, il ne fait même pas froid. Pas mal de pêcheurs sont déjà installés, le poisson est-il là ? Je crois.
Aristide et Paul sont à côté de nous, Paul prend rapidement son poisson, il y a de l’espoir. Puis c’est au tour d’Aristide, nous en profitons pour prendre leur place, mais jusqu’à midi plus rien. Georges aura tout de même une belle touche sans suite. Nous rentrons pour midi, les spaghetti sont « al dente ».
Après la sieste, nous repartons à la pêche. Cet après-midi est très dur, beaucoup de soleil, pas de touches. Je réussis tout de même à en prendre deux petits qui seront appréciés demain au repas de midi. Je les mets à mariner, demain c’est vendredi, donc « poisson ». Mais on ne va pas se laisser faire comme cela, nous serons fin prêts demain matin. Il est déjà 23H, le temps passe très vite ici. Nos invités repartent dans leurs quartiers, bonne nuit…..

Ce matin je pars avec Aristide. A 4H15 nous sommes sur le terrain (eau). Les places que nous visions sont libres, nos trois barques sont très proches l’une de l’autre. A 6H c’est le départ. Une barque avec deux Italiens s’est intercalée entre nous. Je suis le seul Français (de l’intérieur) : 3 Italiens, 4 Alsaciens. Dès le départ il y a de nombreuses touches. Aristide en tient un, je décroche la barque, me mets au moteur, hélas, après cinq minutes de bataille, le poisson se décroche. Puis c’est Paul qui en remet un à l’eau, trop rouge. Maintenant qu’il en prend tous les jours, il choisit la qualité. Son deuxième sera le bon. Puis c’est Roger qui est avec Georges. C’est une bonne journée, il y a des départs dans tous les sens et avec cela son lot d’emmêlements et de casse, tout le monde accepte cela de bon cœur. Aristide a encore un départ, cette fois c’est un défaut de fabrication du produit, l’hameçon est sorti de son attache sans rien casser. Enfin à sa quatrième touche et après un départ fulgurant, c’est un beau poisson qui nous entraîne cent mètres plus bas. C’est un moment assez épique. Ayant confondu marche arrière et marche avant, nous bousculons un peu tout le monde, les cordes des ancres s’emmêlent, le poisson passe sous les barques. Après nous être débarrassés de tous ces obstacles, il reste à savoir si le poisson est encore là. C’est sans beaucoup d’espoir qu’Aristide récupère tout son fil et, miracle, le poisson est toujours accroché. Il reste à le prendre à l’épuisette, ce qui est fait. Après un deuxième round, nous l’avons. Il y a des jours, où il faut avoir de la réussite. Après toutes ces acrobaties, nous remontons à notre place. Sur ce coup nous n’avons pas été très habiles, mais c’était sûrement la meilleure solution pour avoir le poisson, puisque nous l’avons eu. Nous nous réinstallons, enfin un peu de calme ! C’est maintenant Georges qui sort pour en mettre un joli au sec. Il n’y a plus que Richard et moi qui attendons. Richard, lui, n’attend pas longtemps, il prend le sien, ils peuvent rentrer au lodge pour préparer les filets. Je reste avec Aristide. Les touches se sont espacées mais normalement, étant sur un bonne place, il y en a encore sûrement un beau qui attend mon leurre. Paul, après avoir nettoyé son poisson, vient prendre la place d’Aristide avec moi et après une petite attente, c‘est la touche. Il a l’air beau. Paul, lui, n’a pas de problème de conduite, le poisson est amené gentiment dans un endroit tranquille, la mise à l’épuisette se passe sans heurt.
Nous rentrons, il y a tout de même plus de quatre heures que je pêche. Toute la troupe est heureuse, ce sont de beaux poissons, il n’y a pas très longtemps qu’ils sont en eau douce, ils ont encore la couleur argentée du poisson de mer. C’est celui d’Aristide le plus gros, 17 kg. Chacun a maintenant son quota de filets, la pêche sera un peu moins acharnée. Les premiers jours ont été assez difficiles mais maintenant je crois que la grande migration 2008 est en marche.
L’apéro et le repas sont encore plus gais que d’habitude. Poissons pour tous, pâtes pour Roger et puis sieste. Ensuite je pars avec Aristide faire une balade. Il y a pas mal de nouveaux lodges qui se construisent pendant que d’autres sont à l’abandon. Ici, tout est à la merci de la nature, l’érosion des berges,
changement d’itinéraire du saumon et c’est la faillite de l’endroit. Plusieurs grosses fortunes, qui ont investi par ici, en ont fait l’expérience. Après quelques photos souvenir nous rentrons. Je suis dehors, il est 19H30, le soleil est très haut, il n’y a pas trop de moustiques, encore cinq heures de soleil. Paul, Aristide et Roger racontent, racontent…. Je ne vais pas tout dire. Georges et Richard sont encore à la pêche, ils ont dû bien dormir dans la barque ! Pas mal de pêcheurs se postent pour le coup du soir, 23 H dernier délai. Gary a mis le groupe électrogène en route. Je vais prendre une douche avec de l’eau chaude, c’est très agréable pour nettoyer tous ces produits anti-moustiques qui couvrent toutes nos parties « visibles ». J’entends de grands éclats de rire qui viennent de la balancelle. Ce soir nous nous couchons assez tôt, il faut récupérer. 
Aujourd’hui côtes d’agneau, petits pois, une toute petite sieste et je repars avec Roger. Après quelques essais dans les environs qui ne donnent rien, nous décidons de nous installer pour le reste de la journée dans un endroit tranquille qui semble bon.
Les cannes sont bien calées et pêchent toutes seuls. C’est dans un semi-coma que nous sommes réveillés, c’est la canne de Roger qui s’agite fortement dans son repose-canne. Il y a quelque chose au bout, le poisson a l’air de très belle taille. Il file à toute allure entre les barques, la totalité de la tresse du moulinet est déroulée et il continue à descendre le courant. Je le suis tant bien que mal avec la barque, au passage il embarque tous les fils et les leurres des pêcheurs du coin, c’est un beau méli-mélo. Puis il finit par se décrocher, nous en aurons pour un bon moment pour remettre tout en ordre. On aura encore une autre touche mais sans succès.

Tout le monde est rentré pour 20H.
parti, nous rentrons. Gary nous prévient qu’il ne faut plus rien laisser traîner de comestible dans le coin parce qu’il reviendra sûrement, il va rester dans le secteur. Une demi-heure après nous le revoyons, cette fois il tourne autour des lodges, reniflant tout sur son passage. Il a l’air très méfiant, nous l’observons de loin, c’est une masse de muscles, il est très trapu, c’est un bel animal, je ne voudrais pas me trouver sur sa route. Encore une belle journée de passée. Allez à demain.

C’est dimanche aujourd’hui. Gary, sa femme et Suzanne viennent manger avec nous à midi. Ce matin le ciel est couvert mais il ne pleut pas. En attendant de pêcher, nous observons les alentours, il y a plusieurs castors qui travaillent sans cesse. Nous pouvons observer leur manège, ils coupent les jeunes pousses des trembles et les transportent sous leur hutte. De temps en temps, sans doute gênés par notre présence, ils frappent l’eau avec leur queue et plongent pour ressortir plus loin et recommencer leur travail. Nous sommes côte à côte, il n’y a pas trop de monde, certains pêcheurs ont fini leur séjour, d’autres ne sont pas encore arrivés. Ici il y a toujours quelque chose à admirer. De temps en temps il y a des batailles dans le ciel, les mouettes poursuivent un aigle qui est un peu trop près de leur territoire. Il y a aussi d’autres pêcheurs qui visaient certaines places, les voyant occupées, ils tournent en rond puis repartent. Il faut reconnaître que, si nous ne sommes pas les premiers en place, ce n’est pas loin, surtout par notre assiduité.

C’est Paul qui a le premier départ, d’autres pêcheurs ont aussi des touches, c’est un départ bien prometteur. La rencontre du poisson de Paul avec une autre ligne est amusante, les deux lignes se croisent et s’emmêlent et finalement les deux poissons se décrochent. Dans la vie il faut savoir aider son prochain, mais lequel a aidé l’autre ? nous ne le saurons jamais. Puis c’est Richard, qui est avec moi, qui en tient un qui, après quelques belles acrobaties, s’enfuit lui aussi. Paul en ferre un autre et ne lui laisse aucune chance. J’en prends aussi un joli ainsi que Georges. Je rentre avec Paul. Au passage nous allons nettoyer nos poissons dans un bras calme du fleuve. Aristide et Richard restent ensemble.

La pluie commence à tomber. Aristide et Richard sont rentrés aussi avec un poisson. Tout le monde met la main à la pâte pour le repas. Les Américains se régalent et nous aussi, tout se passe dans une bonne ambiance, toutes les langues sont parlées : américain, anglais, italien, alsacien, français, surtout en fin de repas. Maintenant la pluie tombe sérieusement. Je ne veux plus aller à la pêche, je vais me coucher. Aristide est reparti avec Paul, il veut prendre son poisson. Maintenant que nous avons tous assez de poissons, nous sommes un peu moins acharnés. Nous parlons déjà de l’an prochain avec l’espoir de revenir. Nous comptons laisser pas mal de matériel ici, puisque tous les leurres utilisés ici ne peuvent pas servir pour nos pêches en France, pourquoi leur faire faire le voyage ? Nous nous sentons ici un peu comme chez nous. Je me réveille à 17H, il pleut toujours. Aristide et Paul sont toujours à la pêche. Nous discutons autour des dernières bouteilles qu’il faut finir. Le monde est refait, comme d’habitude, bien que cela ne serve à rien. Il est 20H30, ils sont toujours à la pêche, mais ils ne prendront plus rien aujourd’hui. Le sommeil est vite trouvé.
Pour la dernière journée, nous sommes encore plus pressés que d’habitude, mais en observant la rivière, que je commence à connaître maintenant, nous remarquons qu’il n’y a aucune agitation à la surface de l’eau, cela est souvent un mauvais signe pour la pêche du saumon. Et pourtant, dès le départ, Richard a un beau départ, mais hélas il se décroche. A part cela c’est le calme plat. Tout le monde se regarde sentant déjà que ce ne sera pas une journée extrême, les poissons sont au repos et il me semble qu’ils deviennent de plus en plus méfiants, à force de voir toute cette quincaillerie leur passer sous le nez. Richard espérait bien rentrer rapidement pour manger les derniers œufs au bacon, la compétition est rude avec Paul, qui espère lui aussi, il n’y a plus que deux œufs. Mais malgré notre persévérance, aucun poisson ne sera pris de la matinée. Pourtant j’espérais bien, moi aussi sans l’avouer, leur griller la politesse. Nous rentrons pour midi. Madame Gary nous invite chez nous, elle a préparé la sauce bolognaise, nous faisons cuire les pâtes, c’est simple mais excellent. Après cela, Roger nous fait les bananes flambées et nous repartons à la pêche. Avec Paul, nous essayons pas mal d’endroits, qui normalement devraient être bons, mais pas la moindre touche et à la fin, nous nous retrouvons là où nous avons commencé la journée, bien décidés, cette fois, à finir notre séjour dans ce coin. Richard et Georges sont là aussi, Aristide et Roger sont un peu plus bas sans plus de réussite. C’est à ce moment que Richard sort son pendule pour consulter l’au-delà, ou plutôt le sous-l’eau. Il nous annonce qu’aucun poisson ne sera pris avant 19H et c’est à ce moment précis que Georges nous annonce « fish ! ». Richard croit à une plaisanterie mais c’est bien la réalité, il est 17H45. Nous rions beaucoup. Richard a encore du boulot s’il veut concurrencer « Nostradamus ». Nous sommes heureux de voir que la persévérance paye. Peu après c’est Paul qui en a un très beau, la bataille est rude, nous le sortons quelques kilomètres plus bas. C’est un joli 15 kg, il a bien résisté, il a même redressé des branches des hameçons, mais nous l’avons eu. Après cela je reste avec Aristide au bord de l’eau. Peu après 20H, nous abandonnons. Ma dernière journée de pêche n’a pas été fructueuse, ce n’est pas grave. Nous rentrons au lodge et commençons à préparer les bagages, bien décidés à en emmener le moins possible, espérant revenir l’an prochain.

Ce matin, jour du départ, nous restons un peu plus longtemps couchés. Le départ de l’hydravion est à 8H45, c’est un bel appareil. Un petit coup d’ailes et nous sommes à Anchorage. Nous passons à l’usine de congélation, il y a les factures à régler selon nos poids de filets, qui sont empaquetés sous vide dans le poids choisi. Nous laissons, là aussi, nos bagages, que nous récupérerons à l’aéroport. Après un tour en ville pour acheter les habituels souvenirs, nous allons manger le « king crab », c’est un crabe géant, qui devient envahissant le long de toutes les côtes des pays nordiques. Avec deux pattes, nous avons assez mangé, c’est un régal. Certains prennent du « halibut » (du flétan), c’est un gros poisson, qui est pêché aussi le long des côtes, il est aussi excellent.