dimanche 19 septembre 2010

4jours en oisans encore plus de neige..

Quatre jours en Oisans
2 au 5 avril 1985
Les choses les mieux préparées perdent quelques fois de leur attrait. Cette randonnée 1985 naîtra en automne 1984 au salon «Neige et Montagne» à Paris. Par le plus grand des hasards, Max rencontre Michel. «Au printemps prochain, tu nous promèneras en Autriche : Silvretta ou Oetztal, nous déciderons prochainement». «Pas de problèmes, je ne connais pas, mais quel plaisir de découvrir, et la montagne reste la montagne». Encore un mot : «Pas terrible ce salon !».
Le projet devenu concret, les femmes et les enfants passeront également une semaine en Autriche. Joël et Silvio, aux sports d’hiver à Tignes, nous rejoindront là-bas. Le projet avortera, pour les alsaciennes, le ski de piste très bien, mais avec les maris encore mieux. Et du côté des locations, pour Huguette, Josseline, Pierrette et les petits, çà ne marche pas fort : trop cher, trop loin et les maris qui n’insistent pas outre mesure. Finalement, l’Autriche, nous la connaîtrons une autre année et tous ensemble, Alsaciens, Vosgiens et …. Meusiens.
Ne croyez pas que ceci se passe en huit jours. L’hiver touche à sa fin, en accord avec Claude et Max, Roland rencontre Michel afin de déterminer le lieu où se passeront ces quelques jours. Ce sera l’Oisans, la semaine avant Pâques.
Le samedi précédant notre sortie, nous profitons d’une raclette à la Pierrette pour régler les derniers détails. Nous partirons le mardi 30 mars à 2H30, il faudra se coucher de bonne heure lundi soir, après avoir fait les sacs. Pour une histoire de grenouilles, les Perrins tardent à venir pour la dernière préparation avant le départ et nous nous couchons à 23H. Même pour une demi-heure, avant une randonnée, Claude doit toujours coucher à Vologne, allez savoir pourquoi ? Durant cette courte nuit, Max ne dormira pas, j’ai oublié d’arrêter la sonnerie de la superbe pendule à côté de laquelle il couche. A 2H30 Michel, exact au rendez-vous, rentre sa voiture à la place de la Jetta qui nous servira de taxi. Je vente les qualités de cette voiture au coffre impressionnant, sans parler de ses performances sur la neige. 3H30, nous passons un coup de fil aux Bressauds, sortis du plus profond de leur sommeil en même temps que leur radio-réveil, ajusté sur une station qui n’émet pas la nuit.
Enfin le grand moment (salut Pierrette, qui a du mal à s’habituer à ces départs), via La Bresse, retour Cornimont, Grenoble, Bourg d’Oisans et la Grave. Après une promenade le long du lac de Genève pour cause de «pas d’autoroute», itinéraire très simple quand on connaît, tout ceci pour donner l’ambiance de nos sorties qui, ne se déroulant pas dans la bonne humeur et la décontractions, ne se renouvelleraient pas.
Nous voici donc parachutés à la Grave (1481m), petite station au pied de la Meige, pointe de roche impressionnante (comme le coffre), 3982m et autour de laquelle nous allons tourner pour ces trois premiers jours. La première étape, toujours facile parce que courte, doit nous mener au Refuge de la Selle (2672m). Les sacs ne pèsent qu’une dizaine de kilos, comprenant les vivres pour 3 jours seulement. Départ à 11H et à 11H30 impression d’altitude, mais oui nous sommes déjà à 3100m. 1600m de dénivelé en une demi-heure, quelle entrée en matière ! Puis, après réflexion, pas si rapide ce téléphérique des glaciers qui rend tout de même bien service pour une première journée. Dans les œufs, Michel prétend que pour le troisième jour (retour à la Grave), après avoir franchi la Brêche et remonté le couloir qui nous font face, il suffira de redescendre le glacier pour retrouver la voiture. Max, tout à fait d’accord, Claude et moi évoquons les replis possibles depuis l’autre vallée. Enfin, nous en reparlerons dans deux jours !
Les peaux de phoque bien collées et les sacs sur le dos, nous partons en pente douce sur le glacier de la Girose, direction le Col de la Lauze, 3512m. Michel et Max en avant, Claude et moi qui suivent. Pour ceux qui ne le savent pas, Claude part toujours le dernier, je ne le répèterai plus. Nous marchons assez lentement, chacun manquant d’entraînement, le seul qui devrait être en forme parce que pratiquant le foot-ball, souffre d’une déchirure à la cuisse due à ce qui fut son sport favori. Seul à me plaindre, les autres manquant certainement de temps, j’avance doucement, en travers d’un paysage magnifique et «sous un soleil de plomb» (ceci n’est pas de moi). Beau temps pratiquement assuré pour demain. Une heure et demie de montée, les derniers hectomètres bousculés par le vent et nous voici au col, attendus depuis dix minutes par Max et Michel, au pied du Pic de la Grave. 850m de dénivelé et nous serons au refuge ou autrement dit, un moment de plaisir suivi d’une bonne soupe. Mais une neige revenue dans une pente raide et pas question de skier en douceur. Max et Michel se régalent, Claude un peu moins, quant à moi, pas question de tourner, je me perfectionne dans la marche arrière et la conversion. Nous situons le refuge grâce à un hélicoptère qui stationne un moment au-dessus. Michel, qui doit trouver mon rythme trop lent, me propose de prendre mon sac. Une opposition de principe et je le lui cède. Au 2/3 de la descente, je prétends ne plus vouloir jouer au foot, ce qui fait rire les autres. Et puis c’est l’estomac qui me chatouille, une pâte de fruit va remédier à çà vite fait. Il faut bien terminer cette descente, même Claude m’attend ! Nous arrivons au refuge et, comme souhaité, personne à l’intérieur. Nous chauffons de l’eau pour cette première soupe. Le refuge d’été est fermé, nous dormirons dans celui d’hiver, aménagé à la française : pas très propre et très peu de vaisselle. Il comprend 16 couchettes.
Le Glacier de la Selle termine la vallée de Monnetier-les Bains, un long moment nous admirons ce glacier entouré de nombreux sommets dont, au nord, la Tête de la Gondolière, la Selle, le Replat et au sud le Rateau et la Pointe de la Grave. Les altitudes s’échelonnent entre 3300 et 3800m. Michel nous fait remarquer la Brêche du Rateau, terme de la première montée de demain. Bien encapuchonnés, le vent levé en milieu d’après-midi siffle de plus en plus fort, nous remplissons les gourdes, quelques photos puis rentrons au refuge en compagnie de la dizaine de personnes qui viennent d’arriver. Des gens pas très intéressants parce que jeunes et pourtant privés d’humour. La soirée se termine par un petit tarot et une fiole de remontant qui, prévue pour 3 jours, s’avère insuffisante au terme de la première journée, nous notons la chose. A 9H toute la chambrée est à l’horizontale, nous ne pourrons dormir avant plusieurs heures, le vent violent semble vouloir déplacer la toiture et les skis plantés jusqu’aux montures, s’agitent sous les rafales. Quel temps pour demain ? Peut-être devrons-nous descendre dans la Vallée de Monnetier ? Puis le vent se calme. Tiens, Max ronfle, puis ce sera Michel, toujours ensemble les deux là ! 5H et le bip-bip nous réveille, un gadget qui, selon Michel, égaie ou réveille. Claude s’en moque, enfoui sous les couvertures.
Après le petit déjeuner et quelques courses indispensables, la deuxième étape commence. 5H45, ciel clair, plus de vent, nous partons sur une neige gelée. Un court raidillon et la pense s’adoucit, nous marchons à bonne cadence une trentaine de minutes, remontant la rive droite du glacier. A son extrémité, la pente se redresse, nous mettons les couteaux, la montée continue sans problèmes. Max perd un couteau parce que mis trop vite. Nous voici au pied du Couloir de la Brêche du Rateau. Pas poltrons du tout mais prudents, Claude et moi grimpons ce raidillon avec les crampons et puis il faut que çà serve ces choses là ! Au sommet, Max attend, caméra au poing. Première montée terminée pour tous les quatre et à 3235m plein feu sur la Meige. En randonnée, chaque vallée prétend être la plus belle, passez un col et vous découvrirez un site plus joli encore. Alors des cols, puis toujours des cols, une randonnée et une autre suivra, vous êtes pris dans l’engrenage. Nous entamons la descente, pente raide et neige poudreuse sur une centaine de mètres seulement. Toujours la même pente, mais hier le soleil chauffait, alors neige difficile. Puis nous traversons quelques coulées de la veille, chose qui se reproduira aujourd’hui. Nous perdons de l’altitude, le soleil se fait plus pesant. Ce soir nous devons coucher au Refuge du Promontoire à 3092m. Par l’itinéraire classique, nous descendons à la Côte 2600, remontons 500m et la bonne soupe au refuge. Mais voilà, à la Côte 2900, notre guide, qui a pitié de sa troupe et de lui-même, envisage l’accès au refuge par un passage (non indiqué sur la carte), qui réduirait la montée de 300m. La neige devenue mauvaise pour la descente, nous collons les peaux de phoque et attaquons cette montée. Après ¾ d’heure, le premier passage possible est une belle corniche, qui pour des hommes frais, vaudrait le déplacement. Roland tire la patte, Claude prétend que l’Oisans est trop pentu. Une petite collation et les deux chamois sont repartis, çà doit passer plus haut. Il faut suivre, nous arrivons à un semblant de col. Max et Michel, déjà plus loin, marquent le pas, les explications deviennent inutiles, nous ne passerons pas, nous devons redescendre à la Côte 2600. Claude et moi regarderons France-Yougoslavie ce soir à la télé à la Bérarde (1700m), dernier hameau de la vallée, où nous nous trouvons actuellement. Nous sommes à 2600m, dans une grotte bien à l’abri du soleil, un bon casse-croûte, soupe, saucisson, café ou thé et, moral revenu, tout le monde repart en direction du Refuge du Promontoire. Montée difficile à cause de la chaleur. Michel, un maillot sur la tête, ressemble à une fatma. Max, avec un short du C.A.C., a les mollets qui rosissent. Claude s’épate tant il a de volonté.
A 16H nous découvrons le Refuge du Promontoire, planté au pied d’une arête rocheuse qui mène au Glacier Carré, sous la Meige. Le réfectoire décrassé, le balcon déneigé, les lits réservés (pas de problème à 4 pour 36 couchettes), l’après-midi touche à sa fin. Michel, type même du gardien de refuge, ouvre à la pelle, une première en direction… du petit coin. L’eau coulant de la toiture nous a permis de remplir tous les récipients à notre disposition. Durant cet après-midi, de nombreuses coulées justifient la nécessité de marcher le matin. Une, un peu plus grosse que les autres, mourra derrière le Chatelleret (2225m), refuge au cœur de notre vallée d’aujourd’hui, celle des Etançons. Pour le repas du soir, outre nos réserves, d’une montagne de nourriture montée à dos d’ânes, nous n’utiliserons que quelques pommes et du pain. 20H30, isolés aux quatre coins du dortoir, nous passerons une bonne nuit.
5H, bip-bip ! une tonne de couvertures à plier, petit déjeuner et nous partons à la frontale. Des lampes scintillent également au Chatelleret. ¾ d’heure de peaux, 15 mn de crampons et nous voici à la Brêche de Meige (3357m). Mais qu’y a-t-il derrière ? Max : «c’est tout bon». Michel pose la corde dans les rocailles. Le guide et son adjoint ont rechaussé, ils nous conseillent de faire de même pour passer la rimaye recouverte de neige. Claude préfère sauter à pied. Ne pouvant tourner brutalement, je pense qu’il a raison, alors je saute et … je roule. Petite chute, même pas rigolotte, mais qui s’avèrera très ennuyeuse par la suite, la main en a pris un coup, je continue avec un bâton sur le sac. Skis au pieds sur le Glacier de la Meige, nous longeons les rochers jusqu’au pied du couloir du Glacier de la Meige. Nous longeons les rochers jusqu’au pied du couloir du Serret du Savon. Magnifique goulotte, moins impressionnante que vue de loin, mais qui redresse tout de même fort la tête. Michel passe le premier en suivant d’anciennes traces encore bien marquées. Claude, une vingtaine de mètres derrière, grogne. Il n’apprécie guère les boules de neige glacée que nous faisons dévaler en tapant du bout des pieds. Alors nous l’attendons (petite pause bienvenue pour moi). Nous voici en haut du couloir, après 20 mn de grimpette.
Puisque mon grand frère n’est pas là, chacun m’aide un petit peu, je ne peux plus bouger la main. Max s’occupe de mon matériel, Michel me donne de la pommade et Claude du chocolat, alors comment ne pas garder le moral ? Encore un quart d’heure avec les peaux et nous poussons la porte du Refuge de l’Aigle. D’ici, quel point de vue ! Non, je ne me répète pas, je vous le disais, la montagne, haut toujours plus haut, beau toujours plus beau ! Le refuge se trouve à la jonction de deux glaciers, celui de l’Homme et le Toluchet, que nous descendrons pour retrouver la Grave. Dernier casse-croûte pour cette première partie du raid, alors au diable les économies. Le gardien savait que nous allions passer, nous trouvons, bien à l’abri, un litre de martini blanc. Notre passage marqué, nous ne signerons pas le livre d’or. 14H, les estomacs bien calés, quelques photos et la descente commence pour un dénivelé de 2000m. Nous lézardons sur ce glacier, cherchant toujours la poudreuse, admirant tel ou tel sérac ou cette énorme crevasse où j’oublierai mes lunettes. Michel, à la caméra, essaie d’emmagasiner tous les virages de Max. Perdant de l’altitude, autre sport dans la neige molle. Claude se plante, une mini coulée part, quel artiste ! Nous approchons de la station, la blanche commence à manquer. Michel, qui a l’œil, repère un couloir (un peu gris), qui nous fera rejoindre le fond de la piste balisée. Nous sommes dans le couloir dit «de l’ardoisier», de la boue, un peu de neige et des ardoises. Enfin, çà glisse, tant bien que mal nous rejoignons la piste. Max ira bien, le derrière dans la boue et nous rejoignons la voiture. Le matériel rangé, vite à la bière !
Pour la 2ème partie de notre randonnée, nous aimerions faire le Dôme des Ecrins. Nous passons (en voiture) le Lautaret, puis une halte à Serre Chevalier, où une copine à Michel nous indique l’adresse d’un kiné, ce qui me soulagera de… 100 balles et permettra aux 2 M. de boire un coup, tandis que Claude nous fait une hémorragie nasale. Le soir nous dormons à Briançon, chez une relation cafiste de Max, Cathy, Maguy ou Péguy, il ne sait plus, de toutes façons nous ne la verrons pas, mais dormirons tout de même bien. Après une pizza pour repas du soir et une visite de la vieille ville, nous nous couchons de bonne heure.
Bip-bip, à 6H nous partons en direction d’Ailefroide, hameau de départ de notre étape. Arrivés à Pelvous (1260m), une barrière bien cadenassée coupe la route : 3 kms de plus pour aujourd’hui, si le temps ne se dégrade pas. La météo annonce du mauvais temps, la brume commence à s’accrocher aux plus hauts sommets. Tels des fondeurs, sur la route encore bien enneigée, nous suivons les rails. Après 3 kms, nous soufflons un peu. Ailefroide dort tout l’hiver, la route dégagée, elle se réveillera.
La brume descend rapidement, une demi-heure à travers les mélèzes et nous voici au début d’un grand plateau, il s’agit du Pré de Mme Carle. Quelques flocons, le mauvais temps et là, plus de visibilité et sous la neige, nous arrivons au Refuge Cézanne (1874m). Après la soupe, dix centimètres de fraîche et le plafond gris toujours aussi bas, nous décidons de redescendre.
14H, sous la pluie, nous rangeons le matériel dans la voiture, mini étape mais vite à la bière tout de même.
Et le retour, me direz-vous ? Mais peut-être que mon baratin commence à fatiguer, alors j’abrège. Deux heures bloqués pour 10 cm de neige au Lautaret, quelle histoire ! Pour le reste, pas de problèmes, tels des enfants en balade, autrement dit sérieux s’abstenir, enfin, on rigole. Nous réveillons Huguette à 1H du matin, pour Max le voyage est fini. Nous dormons à Noives. Le matin nous évoquons déjà les souvenirs, un dernier repas ensemble chez Max et retour à Saulxures.