dimanche 19 septembre 2010

Oetztal

Oetztal (Autriche)
4 au 9 avril 1987

Après la Suisse et ses beaux refuges, l’Italie et ses magnifiques bivouacs, les montagnes françaises surpeuplées, nous avons décidé d’aller nous essayer en Autriche, dans l’Oetztal qui, parait-il, est un vrai paradis pour le ski de raid.
Cette fois nous devions être une belle équipe puisque avec nous six (Michel, Max, Roland, Claude, Silvio et moi), il y a aussi Walter et José qui, à force de nous entendre parler de nos «exploits» en randonnée, décident de nous accompagner. De quoi faire de belles cordées. Walter a déjà fait quelques essais dans Chamonix-Zermatt et la Vallée des Merveilles. Lui, c’est l’homme prudent, son grand souci c’est la sécurité, ce qui nous fait un peu rire, mais ne nous empêche pas d’être vigilants. José, lui, c’est le novice de la bande. Il devra s’équiper des pieds à la tête. Il se fait tout de même un peu de soucis et personne ne fait rien pour le rassurer.
Nous avons décidé de partir avant les vacances de Pâques, afin de ne pas rencontrer trop de monde. Avec le ski et le tennis, que nous pratiquons régulièrement, nous essayons de faire un peu de cross pour avoir une condition à peu près correcte, mais c’est difficile. Toutefois, nous allons faire un essai dans les Vosges. José va louer du matériel et nous, nous en profiterons pour faire une revue du nôtre qui commence à être démodé et abîmé : mes montures commencent à prendre du jeu, Silvio, lui, a un ski qui ressemble plus à une douve de tonneau qu’à un ski, mais cela ira encore pour cette année.
Nous partons de chez Claude à la Bresse un samedi matin. Il y a Claude, Roland, Silvio, Walter, José et moi. Michel travaille encore à Ventron, quant à Max, il ne fera pas la randonnée, il a un autre projet en vue, il doit partir avec une expédition dans l’Himalaya. Tout un programme qui doit bien lui plaire et doit être préparé sérieusement.
Nous laissons donc les voitures dans le Col du Bramont, au départ de la route des Américains. Nous avons de la chance car il y a une quinzaine de centimètres de neige fraîche, tombés dans la nuit, ils seront bien utiles, la fonte des neiges est déjà bien amorcée dans les Vosges. Il ne fait pas froid, nous marchons jusqu’à la Route des Crêtes, où il y a un brouillard très épais, c’est dommage, on n’y voit rien. José a des problèmes avec ses chaussures, elles sont au moins deux centimètres trop longues, gare aux ampoules.
En marchant sur la crête, dans le brouillard, nous longeons les belles corniches du Braunkopf, afin de se payer quelques belles descentes. C’est amusant, la neige fraîche part sous les skis et forme de petites coulées qui nous entraînent et nous font réfléchir sur la force de la neige lorsqu’elle coule en grande quantité. Après plusieurs descentes et remontées, nous nous dirigeons vers une ferme pour le casse-croûte et c’est avec le soleil que nous nous installons pour manger. Il fait un temps splendide, la neige fond rapidement.
Nous remontons et regagnons les voitures après une bien belle journée. José a souffert et s’inquiète un peu pour le choix du matériel. Claude a bien testé son genou, il a l’air satisfait. Walter, lui, pas de problèmes, il a tout prévu. Roland, c’est la grande forme. Silvio fait de la planche sur ses skis ronds. Quant à moi, j’ai bien du mal à me remettre à skier avec ce matériel, enfin on verra. Nous nous donnons rendez-vous chez Roland pour mettre au point les détails de la randonnée.
Nous nous retrouvons donc une semaine avant le grand départ chez Roland pour mettre au point les derniers détails. Moi, j’ai passé la journée dans les Vosges, c’était l’ouverture de la «truite». La pêche est assez bonne. Les autres Alsaciens, eux, sont allés manger à Gérardmer puis ils arrivent. Michel est là aussi, tant mieux, nous sommes au complet. La discussion va pouvoir commencer (glaces, champagne, etc.), c’est aussi cela la vie. Enfin, nous arrêtons définitivement. Les grandes lignes ce sera au Tyrol du Sud, dans les «Oetztaleralpen», à la frontière italienne, autour de la «Wildspitze» qui, avec ses 3774m est le 2ème sommet alpin d’Autriche. Nous prévoyons aussi les achats pour 5 jours mais, comme nous décidons de prendre tous les repas du soir et les petits déjeuners dans des refuges gardés, il ne faut pas acheter grand-chose. Nous en achèterons d’ailleurs beaucoup trop, toujours peur d’avoir faim. Nous nous donnons rendez-vous chez moi pour le grand départ. Silvio et José prendront leurs voitures, je ne peux pas prendre ma camionnette, le moteur ayant lâché.
Les derniers jours se passent à faire les derniers préparatifs : recollage des peaux, vérification des montures, lanières des sacs, chaussures, réglage des crampons, etc… Je me vois déjà marcher sous le soleil ou dans la tempête dans l’attente de ce refuge qui doit nous permettre enfin de nous reposer. Pour moi, un raid de 5 jours me permet de rêver et de voyager pendant au moins 3 semaines avant et 3 semaines après.
La dernière semaine se passe rapidement, il nous faut toutefois enregistrer deux forfaits : un librement consenti, celui de Claude qui juge que son genou n’est pas suffisamment remis pour affronter des journées entières de marche, il a peur de se retrouver un jour cloué sur un lit d’hôpital par l’usure prématurée de ses articulations. C’est une façon de voir, moi je préfère m’en remettre au destin et profiter au maximum de ce que la vie me permet de voir, après on verra…
Quant à Walter, lui c’est à cause de son travail, il lui est absolument impossible de s’absenter, c’est dommage, nous ne serons plus que cinq.
Oetztal
A 5H du matin, le jour du départ, nous nous retrouvons tous chez moi pour se partager à peu près les vivres de route. Personne n’est en retard, tout est mis sur la table, chacun fait peser son sac, le trouvera le plus lourd. C’est José qui prend l’appareil photo, l’objectif et les jumelles, c’est normal, c’est le plus jeune. Michel, lui, c’est toujours le même sac, il a tout l’équipement indispensable à l’équipe : cordes, traîneau, piolets, pelles, pharmacie, etc….
A 6H nous démarrons. Il y a à peu près 450 km jusqu’à Obergurgl, la petite station de ski du bout de la vallée où nous devons laisser les voitures. Le voyage se passe sans histoires. Vers 11H du matin nous sommes sur place. Le temps a changé, il neige très fort et la visibilité est nulle. Nous sommes à 1927m d’altitude. Il y a un parking pour les voitures, il est gardé. Cela nous coûtera assez cher, c’est la valse des Schillings qui commence. Il nous faut trouver des cartes du secteur au 25 000ème, c’est difficile, il y en a beaucoup avec les sentiers d’été mais pas avec les «skirouten». Nous nous contenterons de cela, nous en avons tout de même une au 50 000ème, ce qui permet tout de même de prendre pas mal de repères.
Aujourd’hui l’étape est relativement courte, elle doit nous mener à la «Langtalereck Hütte» à 2430m, 2H½ environ à partir du sommet des télésièges. Nous ne sommes donc pas très pressés, d’autant plus qu’il fait un temps de chien. Il est midi, le premier restaurant est le bienvenu. Une heure après, nous en ressortons ragaillardis et prêts à tout affronter. Il nous faut prendre les tickets du télésiège et c’est parti. Après deux remontées, c’est à nous de jouer. Nous sommes lâchés dans la nature et quelle nature ! Toute blanche, dessous, devant, derrière, au-dessus et en plus la neige qui tombe sans arrêt. Nous mettons les peaux et en route, on verra bien, il y a un autre refuge sur notre route, on pourra toujours s’arrêter là s’il fait trop mauvais. Pour le moment c’est facile, c’est du faux plat. Une demi-heure, nous sommes à la «Schönwies Hütte» à 2262m. Nous y faisons une petite pause où le gardien nous conseille de ne pas continuer, prétendant qu’il y a des risques de plaques à vent. Michel, lui, après avoir regardé la carte, juge qu’il n’y a pas de risques importants. Nous partons donc. La visibilité est à peine de 20 ou 30m. Une petite montée et il faut déjà enlever les peaux pour une courte descente. La neige n’est pas bonne, elle est lourde. Les skis n’avancent pas. Silvio c’est pareil. José, lui, a de bons skis, très rapides, même quelques fois plus rapides que lui.
Nous continuons donc, on n’y voit pas grand-chose, heureusement il y a des repères, c’est un endroit qui est très fréquenté quand il fait beau. Sortant du brouillard, nous rencontrons un moniteur de la station qui redescend du «Langtalereck» avec son client. Lui nous dit qu’il n’y a pas de risques pour le moment, donc nous avons bien fait de partir. Après une petite grimpette, nous arrivons à un petit col où se trouve une toute petite chapelle très jolie, dans laquelle brûle un cierge. Là nous hésitons sur la marche à suivre. La visibilité est complètement nulle, le vent est terrible, il ne ferait pas bon être coincés ici. Nous repartons à tâtons en longeant les rochers. Une demi-heure de marche et nous trouvons des traces. Nous approchons donc, c’est plat maintenant, nous sommes à l’altitude du refuge. Nous l’apercevons enfin, d’abord le drapeau puis toute la bâtisse. Il est assez beau, nous sommes à la «Langtalereck Hütte» à 2438m. Ce refuge est un modèle en équipement : radiateurs, lumière, eau chaude, eau froide. C’est très bien pour nous qui sommes trempés, l’équipement sèchera facilement.
Le gardien nous accueille avec le «schnaps», cela fait du bien. Il nous demande si nous n’avons pas eu trop de mal et s’il y a des risques, nous sommes les seuls à arriver là aujourd’hui. Il est 16H, il y a pas mal de monde qui a réservé, mais personne n’est monté. Le gardien espère quand même qu’ils viendront, notre seule clientèle ne lui suffit évidemment pas. Nous goûtons la bière autrichienne, puis nous allons dans notre dortoir. Nous y serons bien. Nous nous reposons un peu. Je pense à ce raid qui démarre et malgré le mauvais temps d’aujourd’hui, j’éprouve un réel plaisir à être dans la montagne, comme à chaque fois. C’est bizarre mais c’est comme cela, j’envie le gardien qui est là, souvent avec sa famille, il en profite pleinement. Quand je serai à la retraite je serai gardien de refuge, ce sera bien.
Maintenant nous commençons à avoir un petit creux à l’estomac, nous allons voir ce que les Autrichiens ont de bon à manger dans les refuges. Entre temps le groupe que le gardien attendait est arrivé, ils sont une quinzaine de joyeux drilles en promenade avec une femme «Claudia». José nous propose de boire un «Jägertee», une spécialité, le gardien ne connaît que cela, il nous donne même la recette, c’est très bon, çà chauffe et nous met en gaîté. Ensuite nous mangeons. C’est copieux, appétissant, il nous faut des forces pour demain. Là personne n’a de défaillance. Le jeu de tarot est sorti et la soirée commence. Les anciens de l’autre troupe, eux ont sorti la guitare et entonnent des refrains que Silvio connaît. Nous sommes invités à chanter avec eux. Avec des chanteurs comme nous, ils sont gâtés. Nous nous amusons tout de même un petit moment, puis la fatigue se faisant sentir, nous allons nous coucher. Dehors il neige toujours, le vent continue, il y aura de la joie pour demain… Tout le monde s’endort.
Je suis réveillé très tôt. La première nuit est toujours très difficile, on dort mal. D’un seul coup la montre à Michel sonne 6H. Il faut sortir du lit, récupérer le matériel, plier les couvertures. Puis nous descendons avec notre barda. Le gardien a préparé le petit déjeuner. Nous sommes bien servis. Après avoir payé la facture, nous sortons et là, surprise, c’est le changement complet. Le ciel est dégagé, le vent a cessé, il fait froid. Pour la première fois nous voyons les sommets. C’est un endroit magnifique. Il y a aussi un bon demi mètre de neige fraîche. Nous voyons en face de nous l’autre versant, le départ du glacier sur lequel nous devons grimper. Cela a l’air raide. Nous chaussons les skis, ajustons les sacs et après quelques photos, nous entamons notre première descente. Michel est déjà loin, il pense aux prochaines montées sans aucune trace dans la neige fraîche, cela sera dur. Je pars avec Silvio, la neige est tout de même un peu lourde, il faut skier prudemment, les sacs sont lourds. José se lance hardiment, il n’est pas encore habitué au ski de haute montagne, alors il plonge, plusieurs fois pour se mettre dans l’ambiance. Roland fait le serre-file tranquillement. Nous rejoignons Michel au fond du vallon pour mettre les peaux. Les choses sérieuses vont commencer. Vu d’ici, l’accès sur le glacier n’a pas l’air commode. Michel est déjà reparti voir. Nous sommes dans un joli goulet, c’est magnifique. Nous approchons de cette muraille de glace. Michel redescend et nous fait savoir que le passage doit être ailleurs, c’est trop difficile et dangereux par là. Nous sortons les cartes, le passage est pourtant bien là, il y a bien sur la droite des échelles fixées dans le roc, mais l’accès semble encore plus difficile, ce doit être un sentier d’été.
Nous redescendons et essayons de repérer un passage, soudain un bruit nous fait lever la tête. Michel nous annonce simplement : «attention, en voilà une ! ». Nous avons compris, c’est une avalanche qui arrive au-dessus de nous, il faut essayer de trouver des endroits à l’abri sur le bord des rochers. Le souffle nous fait frissonner. D’énormes rouleaux de neige sont visibles au-dessus de nous, pareils à des vagues d’une mer en furie. Une petite tempête de neige s’abat sur nous qui courbons l’échine, nous attendant au pire et puis d’un seul coup le calme revient. Michel, tranquille, nous annonce en riant : «elle s’est arrêtée juste au-dessus ! ». Nous nous regardons en silence, maintenant seulement je ressens une drôle d’impression, les autres aussi je crois, car les visages on un peu changé de couleur.
Nous repartons donc vers cette belle langue de glace. C’est dur, très dur. La pente est très raide, la neige fraîche file sous les skis qui s’enfoncent à chaque pas. Une demi-heure pour faire 100m. Maintenant il n’est plus possible d’avancer avec les skis, il nous faut donc les enlever. C’est une gymnastique très difficile dans le devers et la haute neige. C’est en plantant les skis devant soi et en s’accrochant après que nous avançons péniblement. Cette fois çà y est, nous sommes au pied de la muraille de glace qui est magnifique, une vraie sculpture. Il faut sortir les crampons. Chacun se fait une petite plateforme et tant bien que mal, nous ajustons les crampons. Les guêtres de José ne résisteront pas aux pointes de ses crampons. Michel taille la glace au piolet et commence doucement à grimper. Il fait une cinquantaine de mètres et nous annonce qu’après «c’est tout bon». On va donc pouvoir y aller. Il balance la corde sur laquelle je fixe ses skis, il les amène vers lui, les plante dans la neige, y arrime solidement la corde qu’il nous balance, c’est tout de même plus sûr. Je grimpe le premier et arrive à coté de Michel sur le glacier. C’est magnifique, il fait un grand soleil. Pendant que Michel assure les autres, je continue doucement dans la neige fraîche à faire la trace et là je m’aperçois que c’est extrêmement dur. La neige m’arrive à la taille et le soleil cogne. Enfin nous sommes tous sur un replat sur le glacier «Gurglerferner». On peut remettre les skis, se restaurer : cacahuètes, raisins, fruits secs. Nous avons passé près de trois heures dans ce coin. Nous sommes pas mal fatigués, nous décidons donc de raccourcir l’étape. Il y a un refuge à deux heures, ce sera le but de la journée, c’est suffisant. Nous l’apercevons d’ailleurs au loin, au-dessus de la moraine à 2400m. 460m de dénivelé, une petite marche tranquille sous le soleil, il faut en profiter. Après avoir fourré pas mal d’habits dans les sacs, barbouillé de la crème sur les visages, nous repartons. Nous pouvons admirer au passage, l’énorme tas de neige formé par l’avalanche qui est venue depuis le «Firnisanschneide» à 3300m, mourir sur ce replat du glacier. La colonne s’est remise en route. Michel ouvre la trace, la pente n’est pas raide, il nous faut traverser tout le glacier. Il y a quelques crevasses qu’il faut contourner, puis naviguer entre les séracs avant d’attaquer la dernière montée, qui nous mènera à la cabane. Les espaces entre nous se sont allongés. Michel, suivi de Roland, je suis plus loin. Je sens la fatigue venir. José est beaucoup plus loin, quant à Silvio, je ne le vois plus. La dernière montée est dure pour moi, d’autant plus que des rafales de vent très violentes me frigorifient. Je n’ai pas le courage de m’arrêter pour mettre une veste. Le refuge est tout prêt. Je me retourne, José attaque la dernière montée. Silvio est beaucoup plus loin, au fond de la vallée, il chante pour se donner du courage. J’arrive enfin dans le refuge d’hiver. Il y a un fourneau, du bois et des couchettes. Michel est déjà entrain de casser du bois pour allumer le fourneau. Roland a une pelle, il nettoie les escaliers. Moi je suis gelé, je donne un coup de main à Michel, afin de faire rapidement du feu. José arrive à son tour, il est bien crevé. Puis c’est au tour de Silvio, il en a plein les bottes, pourtant nous n’avons fait que la moitié de l’étape prévue. La montée sur le glacier nous a bien retardés, nous sommes donc à la «Hochwild Hütte» à 2860m. Heureusement que le temps s’est remis au beau. Il y a, à côté, le refuge gardé, le gardien vient nous prévenir qu’il est ouvert. Nous décidons d‘y aller, c’est tout de même plus confortable. Je suis d’accord, d’autant plus que je ne me sens pas bien du tout. Nous déménageons donc pour nous installer à côté. Le gardien est là aussi avec toute sa famille, il a 3 petits enfants et une femme. Nous sommes les seuls clients. Pendant que mes quatre camarades s’attablent autour d’une bonne bière pour récupérer, je monte me coucher, j’ai ma crise de foie comme à chaque fois le 1er ou le 2ème jour. Je suis fait comme cela, je n’y peux rien, il faut laisser passer cela. Je dors un bon moment, quand je m’éveille tout le monde est là, allongé, c’est le temps de la récupération, sauf Roland qui est dehors, il tourne autour du refuge, regarde et profite au maximum de la beauté de ces montagnes. Nous faisons quelques photos et c’est l’heure de manger. Nous sommes moins bien servis qu’hier, le gardien est beaucoup moins sympa. Il y a trois gars qui arrivent maintenant, ils sont complètement morts de fatigue, ils restent prostrés une heure avant de pouvoir avaler quelque chose. Ils ont suivi nos traces, sans elles ils n’auraient pas continué. Nous consultons la carte pour demain. Michel pense déjà au temps que nous avons perdu et si nous pouvons, nous essayerons d’en rattraper une partie. Nous voyons en face de nous, sur l’autre versant, le col qu’il faudra grimper demain. Il a l’air raide, 550 m de dénivelé, on verra bien. Maintenant c’est l’heure du tarot, nous sommes bien installés, il n’y a que nous, nous sommes très bien. Quand je pense aux refuges bondés que nous avons dû supporter à certains endroits, je suis heureux d’avoir choisi cette période «hors vacances». Silvio se venge sur Michel au tarot, mais Michel lui promet une revanche demain, dans la neige, on va tous en souffrir. Il est 21H, nous nous couchons et nous endormons tous rapidement.
A 5H30 j’entends la montre de Silvio qui sonne. C’est l’heure, il faut y aller. Cette nuit j’ai bien dormi. Le ciel est bien dégagé, il ne fait pas très froid, nous allons encore avoir du beau temps. Après l’indispensable petit déjeuner copieux, c’est le départ à 6H30. Une belle petite descente pour se mettre en jambes, la neige n’est pas encore très bonne, toujours un peu lourde. J’espère qu’on en trouvera de la bonne un jour. Nous retraversons le glacier qui fait bien un kilomètre de large à cet endroit et nous sommes au pied de notre première difficulté. Au premier abord cela n’a pas l’air tellement engageant, aucune trace et un énorme devers qu’il faut passer. Après avoir ajusté peaux et couteaux, nous partons. C’est dur, la pente est très raide en plein devers, la crevasse en dessous n’est pas tellement accueillante. Il faut s’accrocher. Roland ferme la marche, il suit José qui n’est pas très rassuré et, comble de malchance, une de ses peaux se décroche à l’endroit le plus scabreux. Heureusement Roland peut lui donner un coup de main. Nous nous contentons de les attendre au soleil qui cogne déjà pas mal. Nous repartons. Michel fait la trace, nous sommes dans un endroit assez dangereux. Nous nous espaçons pour limiter les risques. Tout le monde est passé, ouf ! Maintenant ce n’est plus qu’une longue montée en zigzag avec de temps à autre une belle crevasse à contourner et quelques beaux séracs.
Deux heures après, nous arrivons au sommet, à 3375m. Il faut vite se rhabiller, le vent est froid et violent. La vue est magnifique, nous voyons encore le refuge d’où nous sommes partis ce matin et au loin, tout au fond de la vallée, nous apercevons le refuge de «Martin Busch» à 2500m. Près de 900m de descente sur le glacier «Schallferner», mais les premiers 150m n’ont pas l’air très faciles. Après une petite reconnaissance, nous décidons de mettre les crampons, c’est plus sûr. Les skis sur l’épaule, c’est parti. C’est assez amusant, la neige, très abondante et poudreuse, nous arrive à la taille, c’est un vrai sillon que nous traçons pour arriver au début du glacier, où nous allons pouvoir skier. Quel endroit magnifique, il fait un temps splendide, tout ce soleil et cette neige poudreuse pour nous seuls. Nous admirons un moment et nous nous préparons à descendre. Michel donne le départ, nous le suivons. Chacun fait sa godille, c’est un régal. Cette fois la neige est meilleure, c’est normal, nous sommes à plus de 3000m. Le soleil commence seulement à taper sur ces pentes, c’est toujours très amusant de skier sur les glaciers larges et pas très pentus. Michel n’a pas son pareil pour trouver les endroits où la neige est encore poudreuse dans les combes abritées du soleil. La montée c’est beau, mais la descente c’est tout de même autre chose. Dommage que cela aille trop vite. Même en musardant le plus possible, nous sommes rapidement au pied du glacier, mais encore loin du «Martin Busch». La neige ici est déjà bien revenue, la pente est très faible. Au fond de ce vallon encaissé, le «Toteis», il fait très chaud. Je ferme la marche avec Silvio, nous sommes obligés de pousser avec les bâtons, nos skis ne valent plus rien. José, lui, se régale, il a les skis les plus rapides. Tant bien que mal, nous nous retrouvons tous au pied du raidillon qui nous mènera au refuge. 100m à monter avec cette chaleur. Nous nous désaltérons, inutile de monter de l’eau. Je pense déjà à la bonne bière que je boirai là-haut. Nous montons tranquillement, la sueur me dégouline de partout. La trace est faite. Il y a une autre vallée qui débouche directement ici depuis «Vent», c’est une balade que les gens peuvent faire dans la journée.
Une demi-heure et nous sommes arrivés. C’est une énorme hutte, magnifique, il n’y a que cinq ou six personnes qui se font dorer au soleil sur la terrasse. Nous commandons nos bières et nous allons aussi sur le balcon. Il est midi, Michel et Roland parlent déjà de continuer cet après-midi jusqu’au prochain refuge, nous avons de l’avance. José, lui, préférerait redescendre sur Vent par le chemin le plus court. Moi je consulte la carte, il y a 500m de dénivelé pour arriver à «Similaun», ce n’est pas énorme, d’autant plus que la montée n’est pas raide mais longue et régulière. Je n’aime pas tellement les pentes trop raides. Nous sommes donc tous d’accord pour continuer après une bonne heure de pause. Tout ragaillardis, les gourdes bien remplies, nous repartons. Le soleil est torride, tous en maillots de corps, gare aux coups de soleil. Heureusement nous avons une barbe de trois jours qui nous protège un peu (surtout José). Je suis à la tête de la caravane, j’essaie de marcher le plus régulièrement possible afin de ne pas me fatiguer. José me suit, les autres s’amusent derrière. C’est une très longue montée au milieu d’une vallée assez large. Nous croisons un groupe qui redescend d’un sommet. Au passage ils nous saluent du classique «Grüss Gott» que nous leur rendons en cœur. Après une heure de marche, nous nous arrêtons pour une pause, surtout pour boire, il faut boire le plus possible, sinon c’est la défaillance. Nous restons là un moment, le couché de soleil c’est magnifique. Tout le monde apprécie le soleil, la neige et un énorme silence, mais il faut repartir. La vallée s’élargit, nous grimpons maintenant sur le glacier «Niederjochferner» à 2700m. La montée est maintenant un peu raide, on se sent vraiment petit au milieu de ces glaces éternelles. Mais pas à pas nous grignotons cette immensité : faux plat, montée, faux plat, montée… etc. On ne parle presque plus sauf Silvio qui, de temps en temps, en pousse une bonne pour se donner et nous redonner courage. Michel et Roland ont repris les devants, les distances entre nous s’allongent, chacun a son rythme. Enfin, au bout de je ne sais combien de temps, j’aperçois, dominant la ligne de crête, le drapeau qui flotte sur chaque refuge. Puis au fur et à mesure que j’avance, c’est le toit puis toute la bâtisse qui se découvre à notre vue. Encore un tout petit effort, çà y est. Pas fâchés de tomber les sacs. Nous sommes à 3020m. Derrière le refuge un énorme précipice, c’est l‘Italie. Ce refuge est gardé par des jeunes gens sympathiques qui font leur travail consciencieusement, avec bonne humeur, ce qui ne gâte rien. Cette baraque a beaucoup moins l’air d’un hôtel que les autres, elle est d’ailleurs nettement plus petite et beaucoup plus vieille, elle est aussi beaucoup moins accessible puisqu’elle est à plus de 3000m.
Nous faisons notre petit ménage, nos sacs en ont besoin, ils nous semblent toujours trop lourds. Chacun fait soupeser le sien en essayant de le faire passer pour le plus lourd, il y a bien quelques provisions qui partent tous les jours, mais nous en avons pris beaucoup trop. Les refuges sont très bien équipés, nous préférons nous faire servir, c’est plus simple, d’autant plus que pendant que nous marchons nous ne faisons que grignoter et boire, c’est le soir que nous rattrapons les kilos perdus et plus. A 19H nous sommes fin prêts pour le tarot, c’est aussi un très bon moment de la journée. Il y a un groupe d’Allemands écolos qui discutent politique toute la soirée, cela ne risque pas de nous arriver. A 22H tout le monde est au lit. Demain matin nous avons l’intention de partir très tôt. Nous dormons tous bien, nous sommes habitués à l’altitude.
A 5H30 réveil, préparation, petit déjeuner, nous sortons. Le temps toujours aussi beau, nous avons de la chance et en plus il ne fait pas froid. Nous démarrons à 6H30 en bras de chemise, c’est assez rare à 3000m. D’abord une petite descente où l’on se laisse glisser le plus loin possible, puis c’est la première opération «peaux de phoque» de la journée. Montée facile jusqu’au «Hauslob Joch» à 3279m. A part un peu de devers et des rochers dégarnis par le vent à l’approche du sommet, tout se passe bien. Nous apercevons au loin l’auberge «Bella Vista» avec les remonte-pentes qui arrivent jusque là. C’est un hôtel d’altitude, il a l’air énorme, nous n’aimons pas tellement ce genre de baraques. Nous nous préparons pour la descente. Dès les premiers virages nous nous rendons compte que la neige est très bonne, nous sommes sur le «Hochjochferner», immense glacier très large, c’est un régal. Chacun fait ses godilles du mieux qu’il peut, puis s’arrête pour s’admirer et surtout reprendre son souffle, sinon c’est la chute. C’est vraiment une merveilleuse descente. Depuis les dernières chutes de neige, nous sommes les premiers à passer par là, rien que cela c’est une grande chance. Nous sommes maintenant au fond de la vallée après une dégringolade de près de 1000m. Tout dans une belle neige vierge et poudreuse, cela me fait supporter facilement toutes les fatigues des montées. Maintenant nous nous laissons aller tranquillement vers le «Hochjoch Hospitz» que nous distinguons au loin. Le soleil commence à cogner. Mes skis, qui n’avancent pas, il faut pousser avec les bâtons, de la fatigue inutile. Nous arrivons juste en face du refuge, je le vois sur l’autre versant. Pour y arriver il faut descendre 200m, traverser un ruisseau, le «Raffenache», puis remonter. Je me sens un peu fatigué, j’aimerais pouvoir arriver à la baraque en allant tout droit. J’ai beau regarder de tous côtés, ce n’est pas possible. Nous descendons donc. Après un beau morceau de devers, nous remettons les peaux. Le soleil frappe fort maintenant. Je reste en arrière pour monter, dans ma main la neige fond et colle légèrement aux peaux, c’est encore plus fatigant.
Ouf ! je suis en haut, il n’est que midi, nous avons bien marché. Michel parle déjà de continuer. Moi, pour le moment, il faut que je récupère. José est de mon avis. Ce refuge est très beau, tout à l’intérieur est en bois massif sculpté. Nous nous installons pour manger et boire. Roland sort ses potages, j’en prendrai trois, c’est à peu près tout ce que je pourrai avaler. Après une bonne heure de pause, nous décidons de continuer afin de profiter au maximum du magnifique temps que nous avons. Direction la «Vernagt Hütte» à 3000m. 500m de grimpette en plein soleil. Je prends la tête de la caravane en essayant d’aller le plus régulièrement possible afin de ne pas me fatiguer. La pente est assez raide, nous montons en décrivant de larges lacets. Le soleil tape dur, un coup à droite, un coup à gauche. Heureusement que nous avons bien rempli les gourdes, il faut remplacer ce que nous éliminons. Le sommet se rapproche doucement, encore cinq ou six conversions. Nous dépassons des randonneurs qui se sont arrêtés, ils se font bronzer. Bientôt, en regardant en arrière, je les vois en bas comme de minuscules fourmis, c’est la preuve que nous avançons tout de même. Nous sommes maintenant en haut, enfin je le croyais, mais après une légère descente, il faut remettre les peaux pour un dernier effort. C’est vite fait, une petite demi-heure dans la neige fondante et nous y sommes. Il fait bon. Nous nous reposons un moment. Nous pouvons apercevoir, tout en bas, très loin, le refuge «Vernagt Hüttte». Une immense descente en vue, nous ne sommes plus pressés, le repos est proche. Michel, Silvio et Roland, eux, regardent encore vers le haut, il y a un sommet tout proche qui les tente, ils décident de l’escalader. José et moi nous les regardons faire, nous préférons descendre. C’est splendide avec une bonne neige poudreuse de versant nord. Nous nous retournons de temps en temps pour voir où en sont nos trois gaillards, ils continuent leur montée tranquillement. C’est vraiment un régal toujours trop court quand on descend. Nous nous reposons un moment, il faut remettre les peaux, un petit monticule à passer pour arriver. Roland, Michel et Silvio sont trois points minuscules tout en haut maintenant. Je regrette presque de ne pas être avec eux.
Après quelques photos, nous repartons. Le refuge est tout près, il y a un grand nombre de voies qui arrivent ici, c’est un hôtel qui m’a l’air déjà bien peuplé. Il y a énormément de places, nous sommes très bien accueillis avec le rituel verre de «schnaps», c’est la coutume en Autriche, surtout si l’on prend la demi-pension. Après nous être fait inscrire sur le grand livre, avoir réservé notre repas du soir et visité notre dortoir, nous prenons une grande bière et nous allons nous asseoir dehors au soleil en attendant les amis. C’est aussi, en randonnée, un très bon moment, surtout aujourd’hui où nous avons grillé une étape. Il y a dehors une vingtaine de personnes qui se reposent, il en arrive encore de partout, c’est un lieu de jonction de plusieurs glaciers, il y a aussi ceux qui font la «Wild Spitze», 3800m. Pour nous ce sera demain, si le temps reste aussi beau.
Les trois derniers arrivent maintenant, heureux de leur petit supplément. Nous nous installons, puis nous descendons dans la grande salle. Nous avons passé une belle journée. Nous consultons la carte pour demain, nous sommes à 2750m. La «Wild Spitze» est à 3770m. 1000m de dénivelé. Au réveil il y en a qui vont souffrir. Michel a déjà le sourire. Ce n’est pas cela qui va nous faire oublier que pour le moment c’est l’heure de manger, là on est tous de première force. La bière coule à flot, il faut toujours se méfier de la déshydratation en montagne, nous ne serons pas pris au dépourvu. A côté de nous, il y a toute une tablée de randonneurs patronnés par les P.T.T., qui font toute la traversée de l’Arc alpin en se relayant toutes les semaines de groupe en groupe. Nous échangeons nos gourdes, eux c’est la «grappa», nous c’est la «mirabelle», elle sera vidée, toujours çà de moins à porter, il fallait se dévouer…
Maintenant c’est l’heure du tarot, la partie sera mémorable, je ne sais pas qui a gagné ou perdu, mais l’essentiel est de participer. Je sais une chose, c’est que les verres de bière seront souvent échangés. Il est déjà 22H, c’est l’heure d’aller se coucher. Nous ne sommes pas les derniers, mais presque, la nuit sera courte, Michel veut toujours se réveiller à 5H. Les Autrichiens, eux, sont moins pressés, le petit déjeuner sera à 6H. Roland et Silvio ne sont pas pressés, ils mettront un bon moment pour monter l’escalier qui mène au dortoir. Nous avons tous le fou rire, c’est contagieux, tous ceux que nous rencontrons rient aussi, même le gardien qui pourtant ne semble pas facile à dérider. Notre passage a été bien marqué. D’un seul coup c’est le silence complet, tout le monde dort.
Déjà c’est le réveil, c’est un peu dur mais la bonne humer est toujours là. Comme d’habitude, nous sommes les premiers à être prêts, même avant le petit déjeuner, les gardiens n’en reviennent pas. Petit déjeuner, facture, nous sortons, la routine quoi ! Le temps est toujours beau mais la chaleur n’est plus la même, on a l’impression que cela peut changer. Nous démarrons. Ici nous ne sommes plus seuls, il y a énormément de traces. Le départ est calme jusqu’à la moraine du «Gross Vernagtferner», où nous nous arrêtons pour mettre les couteaux. Le départ sur le glacier est un peu raide, après c’est tranquille. Nous voyons pas mal de petits groupes derrière nous qui démarrent, il y aura du monde à la «Wild Spitze» aujourd’hui. Après un dernier effort dans une pente très raide, dans des traces mal faites, nous arrivons au «Brochkogl Joch» à 3500m où nous nous reposons. Il y a d’autres gars qui arrivent, nous apercevons la «Wild Spitze», son sommet est entouré de nuages, ce n’est pas très bon signe, c’est là que nous allons. Nous passons derrière le «Brochkogl» qui nous domine de son énorme calotte glacière posée comme une casquette sur son sommet, c’est impressionnant. Mais ce qui m’inquiète, ce sont les nuages qui descendent vers nous rapidement. Les sommets disparaissent progressivement autour de nous. Il faut s’arrêter pour remettre pulls, anoraks. Au-dessus de nous il n’y a plus de visibilité, il n’y a plus aucun intérêt à vouloir monter plus haut, en plus cela peut devenir dangereux. Nous décidons donc de redescendre par le «Mittelkard». Les 300 premiers mètres sont impressionnants, la neige est très mauvaise, la pente est terrible. Michel sort les cordes, les skis nous servent de piolet et nous nous lançons, c’est tout de même amusant. Je suis assez rapidement passé avec Silvio. Nous nous arrêtons pour admirer la technique de José, c’est une technique bien spéciale à «Bartenheim», pas encore décrite dans les manuels, mais efficace tout de même puisque nous nous retrouvons tous en bas. Maintenant le col est dans les nuages, nous nous contentons de fuir devant pour garder une bonne visibilité. Plus nous perdons de l’altitude, moins la neige est bonne, c’est très dur de skier dans la neige fondante, les entorses arrivent vite. Nous arrivons en vue du refuge, la «Breslauer Hütte» à 2840m, complètement fermé sauf le refuge d’hiver inconfortable et enneigé. Nous nous amusons à faire partir d’énormes plaques de neige fondante dans les pentes sous le refuge, c’est de la neige lourde.
Nous arrivons enfin au sommet des remonte-pentes qui dominent Vent, la descente sur les pistes est nettement plus facile. Nous arrivons au village, il est 13H. Le temps se bouche de plus en plus, les risques d’avalanches se précisent. A la terrasse du premier restaurant, nous buvons une bonne bière, puis il faut s’intéresser à l’horaire des bus pour retourner aux voitures. Et là nous apprenons qu’à cause des avalanches, la route est coupée, il n’y aura pas de communications aujourd’hui. Il faut aviser, en attendant nous profitons pour visiter cette petite station qui est magnifique, surtout l’architecture des magasins et restaurants. Nous donnons un coup de fil aux femmes pour qu’elles ne soient pas surprises de notre retour. Nous inspectons notre matériel, il a beaucoup souffert, mes skis sont morts, plus de ressort du tout. Quant aux montures, elles sont complètement usées, j’ai eu de la chance, elles ont tenu jusque là. Après avoir tourné un moment dans la station, nous décidons de prendre un bon repas, nous sommes très bien servis. Ensuite, malgré l’avis contraire des gens du coin, nous décidons de partir à pied jusqu’au prochain village, là où la route est ouverte. Sacs au dos et skis sur l’épaule, nous nous mettons en route, c’est une marche forcée sur le macadam, avec toujours un œil sur les pentes qui bordent la route et l’espoir, malgré un peu d’appréhension, de voir partir une belle avalanche. La visibilité est assez bonne malgré le mauvais temps, nous aurons le temps de les voir arriver. Nous en verrons descendre deux ou trois, pas très importantes, c’est toujours impressionnant. Après une bonne heure de marche rapide, nous arrivons à la barrière qui interdit aux véhicules de monter plus haut. Il y a là une dizaine de voitures qui attendent l’ouverture de la route pour rejoindre Vent. Nous trouvons un gars bien sympa, qui se propose d’amener José et Silvio à «Obergurgl» pour récupérer les voitures, une trentaine de kilomètres. Pendant ce temps nous prenons tout le barda et nous allons jusqu’au petit bistro du coin. Nous sommes dans un tout petit village, une trentaine de maisons de fermiers. La salle du bistro est bondée de gens qui attendent l’ouverture de la route. Il y a une fumée monstre à l’intérieur, nous ressortons vite nous installer sur la terrasse, de là nous surveillons la montagne qui est entrain de secouer toute cette neige qui l’enveloppe. Il y a de petites avalanches qui partent de partout et d’un seul coup c’est le grand bruit, un roulement significatif, c’est une «belle» dit Michel. Effectivement nous la voyons rouler jusqu’au bas de la montagne, elle ira mourir sur la route, c’est grandiose. Les paysans d’ici sont habitués, malgré cela ils regardent à chaque fois, puis reprennent leurs occupations. Aujourd’hui ils tuent le cochon, tout le village sent la grillade. Puis, pour passer le temps, nous grignotons nos dernières provisions. Silvio et José arrivent. Le temps de charger tout le matériel et c’est le retour qui sera sans histoires.
Encore une belle randonnée de faite, nous avons eu de la chance, cinq jours magnifiques. Michel a eu raison de forcer un peu le départ le 1er jour. Je suis content de rentrer, j’ai de la neige et de la montagne dans la tête pour un bon moment et puis nous avons tous des ampoules aux pieds, qui feront croire pendant quelques semaines que nous sommes encore en piste. José, lui, en a pour plus longtemps. Et, comme d’habitude, je pense déjà à la prochaine en attendant de voir les belles photos que nous avons pu faire.

4jours en oisans encore plus de neige..

Quatre jours en Oisans
2 au 5 avril 1985
Les choses les mieux préparées perdent quelques fois de leur attrait. Cette randonnée 1985 naîtra en automne 1984 au salon «Neige et Montagne» à Paris. Par le plus grand des hasards, Max rencontre Michel. «Au printemps prochain, tu nous promèneras en Autriche : Silvretta ou Oetztal, nous déciderons prochainement». «Pas de problèmes, je ne connais pas, mais quel plaisir de découvrir, et la montagne reste la montagne». Encore un mot : «Pas terrible ce salon !».
Le projet devenu concret, les femmes et les enfants passeront également une semaine en Autriche. Joël et Silvio, aux sports d’hiver à Tignes, nous rejoindront là-bas. Le projet avortera, pour les alsaciennes, le ski de piste très bien, mais avec les maris encore mieux. Et du côté des locations, pour Huguette, Josseline, Pierrette et les petits, çà ne marche pas fort : trop cher, trop loin et les maris qui n’insistent pas outre mesure. Finalement, l’Autriche, nous la connaîtrons une autre année et tous ensemble, Alsaciens, Vosgiens et …. Meusiens.
Ne croyez pas que ceci se passe en huit jours. L’hiver touche à sa fin, en accord avec Claude et Max, Roland rencontre Michel afin de déterminer le lieu où se passeront ces quelques jours. Ce sera l’Oisans, la semaine avant Pâques.
Le samedi précédant notre sortie, nous profitons d’une raclette à la Pierrette pour régler les derniers détails. Nous partirons le mardi 30 mars à 2H30, il faudra se coucher de bonne heure lundi soir, après avoir fait les sacs. Pour une histoire de grenouilles, les Perrins tardent à venir pour la dernière préparation avant le départ et nous nous couchons à 23H. Même pour une demi-heure, avant une randonnée, Claude doit toujours coucher à Vologne, allez savoir pourquoi ? Durant cette courte nuit, Max ne dormira pas, j’ai oublié d’arrêter la sonnerie de la superbe pendule à côté de laquelle il couche. A 2H30 Michel, exact au rendez-vous, rentre sa voiture à la place de la Jetta qui nous servira de taxi. Je vente les qualités de cette voiture au coffre impressionnant, sans parler de ses performances sur la neige. 3H30, nous passons un coup de fil aux Bressauds, sortis du plus profond de leur sommeil en même temps que leur radio-réveil, ajusté sur une station qui n’émet pas la nuit.
Enfin le grand moment (salut Pierrette, qui a du mal à s’habituer à ces départs), via La Bresse, retour Cornimont, Grenoble, Bourg d’Oisans et la Grave. Après une promenade le long du lac de Genève pour cause de «pas d’autoroute», itinéraire très simple quand on connaît, tout ceci pour donner l’ambiance de nos sorties qui, ne se déroulant pas dans la bonne humeur et la décontractions, ne se renouvelleraient pas.
Nous voici donc parachutés à la Grave (1481m), petite station au pied de la Meige, pointe de roche impressionnante (comme le coffre), 3982m et autour de laquelle nous allons tourner pour ces trois premiers jours. La première étape, toujours facile parce que courte, doit nous mener au Refuge de la Selle (2672m). Les sacs ne pèsent qu’une dizaine de kilos, comprenant les vivres pour 3 jours seulement. Départ à 11H et à 11H30 impression d’altitude, mais oui nous sommes déjà à 3100m. 1600m de dénivelé en une demi-heure, quelle entrée en matière ! Puis, après réflexion, pas si rapide ce téléphérique des glaciers qui rend tout de même bien service pour une première journée. Dans les œufs, Michel prétend que pour le troisième jour (retour à la Grave), après avoir franchi la Brêche et remonté le couloir qui nous font face, il suffira de redescendre le glacier pour retrouver la voiture. Max, tout à fait d’accord, Claude et moi évoquons les replis possibles depuis l’autre vallée. Enfin, nous en reparlerons dans deux jours !
Les peaux de phoque bien collées et les sacs sur le dos, nous partons en pente douce sur le glacier de la Girose, direction le Col de la Lauze, 3512m. Michel et Max en avant, Claude et moi qui suivent. Pour ceux qui ne le savent pas, Claude part toujours le dernier, je ne le répèterai plus. Nous marchons assez lentement, chacun manquant d’entraînement, le seul qui devrait être en forme parce que pratiquant le foot-ball, souffre d’une déchirure à la cuisse due à ce qui fut son sport favori. Seul à me plaindre, les autres manquant certainement de temps, j’avance doucement, en travers d’un paysage magnifique et «sous un soleil de plomb» (ceci n’est pas de moi). Beau temps pratiquement assuré pour demain. Une heure et demie de montée, les derniers hectomètres bousculés par le vent et nous voici au col, attendus depuis dix minutes par Max et Michel, au pied du Pic de la Grave. 850m de dénivelé et nous serons au refuge ou autrement dit, un moment de plaisir suivi d’une bonne soupe. Mais une neige revenue dans une pente raide et pas question de skier en douceur. Max et Michel se régalent, Claude un peu moins, quant à moi, pas question de tourner, je me perfectionne dans la marche arrière et la conversion. Nous situons le refuge grâce à un hélicoptère qui stationne un moment au-dessus. Michel, qui doit trouver mon rythme trop lent, me propose de prendre mon sac. Une opposition de principe et je le lui cède. Au 2/3 de la descente, je prétends ne plus vouloir jouer au foot, ce qui fait rire les autres. Et puis c’est l’estomac qui me chatouille, une pâte de fruit va remédier à çà vite fait. Il faut bien terminer cette descente, même Claude m’attend ! Nous arrivons au refuge et, comme souhaité, personne à l’intérieur. Nous chauffons de l’eau pour cette première soupe. Le refuge d’été est fermé, nous dormirons dans celui d’hiver, aménagé à la française : pas très propre et très peu de vaisselle. Il comprend 16 couchettes.
Le Glacier de la Selle termine la vallée de Monnetier-les Bains, un long moment nous admirons ce glacier entouré de nombreux sommets dont, au nord, la Tête de la Gondolière, la Selle, le Replat et au sud le Rateau et la Pointe de la Grave. Les altitudes s’échelonnent entre 3300 et 3800m. Michel nous fait remarquer la Brêche du Rateau, terme de la première montée de demain. Bien encapuchonnés, le vent levé en milieu d’après-midi siffle de plus en plus fort, nous remplissons les gourdes, quelques photos puis rentrons au refuge en compagnie de la dizaine de personnes qui viennent d’arriver. Des gens pas très intéressants parce que jeunes et pourtant privés d’humour. La soirée se termine par un petit tarot et une fiole de remontant qui, prévue pour 3 jours, s’avère insuffisante au terme de la première journée, nous notons la chose. A 9H toute la chambrée est à l’horizontale, nous ne pourrons dormir avant plusieurs heures, le vent violent semble vouloir déplacer la toiture et les skis plantés jusqu’aux montures, s’agitent sous les rafales. Quel temps pour demain ? Peut-être devrons-nous descendre dans la Vallée de Monnetier ? Puis le vent se calme. Tiens, Max ronfle, puis ce sera Michel, toujours ensemble les deux là ! 5H et le bip-bip nous réveille, un gadget qui, selon Michel, égaie ou réveille. Claude s’en moque, enfoui sous les couvertures.
Après le petit déjeuner et quelques courses indispensables, la deuxième étape commence. 5H45, ciel clair, plus de vent, nous partons sur une neige gelée. Un court raidillon et la pense s’adoucit, nous marchons à bonne cadence une trentaine de minutes, remontant la rive droite du glacier. A son extrémité, la pente se redresse, nous mettons les couteaux, la montée continue sans problèmes. Max perd un couteau parce que mis trop vite. Nous voici au pied du Couloir de la Brêche du Rateau. Pas poltrons du tout mais prudents, Claude et moi grimpons ce raidillon avec les crampons et puis il faut que çà serve ces choses là ! Au sommet, Max attend, caméra au poing. Première montée terminée pour tous les quatre et à 3235m plein feu sur la Meige. En randonnée, chaque vallée prétend être la plus belle, passez un col et vous découvrirez un site plus joli encore. Alors des cols, puis toujours des cols, une randonnée et une autre suivra, vous êtes pris dans l’engrenage. Nous entamons la descente, pente raide et neige poudreuse sur une centaine de mètres seulement. Toujours la même pente, mais hier le soleil chauffait, alors neige difficile. Puis nous traversons quelques coulées de la veille, chose qui se reproduira aujourd’hui. Nous perdons de l’altitude, le soleil se fait plus pesant. Ce soir nous devons coucher au Refuge du Promontoire à 3092m. Par l’itinéraire classique, nous descendons à la Côte 2600, remontons 500m et la bonne soupe au refuge. Mais voilà, à la Côte 2900, notre guide, qui a pitié de sa troupe et de lui-même, envisage l’accès au refuge par un passage (non indiqué sur la carte), qui réduirait la montée de 300m. La neige devenue mauvaise pour la descente, nous collons les peaux de phoque et attaquons cette montée. Après ¾ d’heure, le premier passage possible est une belle corniche, qui pour des hommes frais, vaudrait le déplacement. Roland tire la patte, Claude prétend que l’Oisans est trop pentu. Une petite collation et les deux chamois sont repartis, çà doit passer plus haut. Il faut suivre, nous arrivons à un semblant de col. Max et Michel, déjà plus loin, marquent le pas, les explications deviennent inutiles, nous ne passerons pas, nous devons redescendre à la Côte 2600. Claude et moi regarderons France-Yougoslavie ce soir à la télé à la Bérarde (1700m), dernier hameau de la vallée, où nous nous trouvons actuellement. Nous sommes à 2600m, dans une grotte bien à l’abri du soleil, un bon casse-croûte, soupe, saucisson, café ou thé et, moral revenu, tout le monde repart en direction du Refuge du Promontoire. Montée difficile à cause de la chaleur. Michel, un maillot sur la tête, ressemble à une fatma. Max, avec un short du C.A.C., a les mollets qui rosissent. Claude s’épate tant il a de volonté.
A 16H nous découvrons le Refuge du Promontoire, planté au pied d’une arête rocheuse qui mène au Glacier Carré, sous la Meige. Le réfectoire décrassé, le balcon déneigé, les lits réservés (pas de problème à 4 pour 36 couchettes), l’après-midi touche à sa fin. Michel, type même du gardien de refuge, ouvre à la pelle, une première en direction… du petit coin. L’eau coulant de la toiture nous a permis de remplir tous les récipients à notre disposition. Durant cet après-midi, de nombreuses coulées justifient la nécessité de marcher le matin. Une, un peu plus grosse que les autres, mourra derrière le Chatelleret (2225m), refuge au cœur de notre vallée d’aujourd’hui, celle des Etançons. Pour le repas du soir, outre nos réserves, d’une montagne de nourriture montée à dos d’ânes, nous n’utiliserons que quelques pommes et du pain. 20H30, isolés aux quatre coins du dortoir, nous passerons une bonne nuit.
5H, bip-bip ! une tonne de couvertures à plier, petit déjeuner et nous partons à la frontale. Des lampes scintillent également au Chatelleret. ¾ d’heure de peaux, 15 mn de crampons et nous voici à la Brêche de Meige (3357m). Mais qu’y a-t-il derrière ? Max : «c’est tout bon». Michel pose la corde dans les rocailles. Le guide et son adjoint ont rechaussé, ils nous conseillent de faire de même pour passer la rimaye recouverte de neige. Claude préfère sauter à pied. Ne pouvant tourner brutalement, je pense qu’il a raison, alors je saute et … je roule. Petite chute, même pas rigolotte, mais qui s’avèrera très ennuyeuse par la suite, la main en a pris un coup, je continue avec un bâton sur le sac. Skis au pieds sur le Glacier de la Meige, nous longeons les rochers jusqu’au pied du couloir du Glacier de la Meige. Nous longeons les rochers jusqu’au pied du couloir du Serret du Savon. Magnifique goulotte, moins impressionnante que vue de loin, mais qui redresse tout de même fort la tête. Michel passe le premier en suivant d’anciennes traces encore bien marquées. Claude, une vingtaine de mètres derrière, grogne. Il n’apprécie guère les boules de neige glacée que nous faisons dévaler en tapant du bout des pieds. Alors nous l’attendons (petite pause bienvenue pour moi). Nous voici en haut du couloir, après 20 mn de grimpette.
Puisque mon grand frère n’est pas là, chacun m’aide un petit peu, je ne peux plus bouger la main. Max s’occupe de mon matériel, Michel me donne de la pommade et Claude du chocolat, alors comment ne pas garder le moral ? Encore un quart d’heure avec les peaux et nous poussons la porte du Refuge de l’Aigle. D’ici, quel point de vue ! Non, je ne me répète pas, je vous le disais, la montagne, haut toujours plus haut, beau toujours plus beau ! Le refuge se trouve à la jonction de deux glaciers, celui de l’Homme et le Toluchet, que nous descendrons pour retrouver la Grave. Dernier casse-croûte pour cette première partie du raid, alors au diable les économies. Le gardien savait que nous allions passer, nous trouvons, bien à l’abri, un litre de martini blanc. Notre passage marqué, nous ne signerons pas le livre d’or. 14H, les estomacs bien calés, quelques photos et la descente commence pour un dénivelé de 2000m. Nous lézardons sur ce glacier, cherchant toujours la poudreuse, admirant tel ou tel sérac ou cette énorme crevasse où j’oublierai mes lunettes. Michel, à la caméra, essaie d’emmagasiner tous les virages de Max. Perdant de l’altitude, autre sport dans la neige molle. Claude se plante, une mini coulée part, quel artiste ! Nous approchons de la station, la blanche commence à manquer. Michel, qui a l’œil, repère un couloir (un peu gris), qui nous fera rejoindre le fond de la piste balisée. Nous sommes dans le couloir dit «de l’ardoisier», de la boue, un peu de neige et des ardoises. Enfin, çà glisse, tant bien que mal nous rejoignons la piste. Max ira bien, le derrière dans la boue et nous rejoignons la voiture. Le matériel rangé, vite à la bière !
Pour la 2ème partie de notre randonnée, nous aimerions faire le Dôme des Ecrins. Nous passons (en voiture) le Lautaret, puis une halte à Serre Chevalier, où une copine à Michel nous indique l’adresse d’un kiné, ce qui me soulagera de… 100 balles et permettra aux 2 M. de boire un coup, tandis que Claude nous fait une hémorragie nasale. Le soir nous dormons à Briançon, chez une relation cafiste de Max, Cathy, Maguy ou Péguy, il ne sait plus, de toutes façons nous ne la verrons pas, mais dormirons tout de même bien. Après une pizza pour repas du soir et une visite de la vieille ville, nous nous couchons de bonne heure.
Bip-bip, à 6H nous partons en direction d’Ailefroide, hameau de départ de notre étape. Arrivés à Pelvous (1260m), une barrière bien cadenassée coupe la route : 3 kms de plus pour aujourd’hui, si le temps ne se dégrade pas. La météo annonce du mauvais temps, la brume commence à s’accrocher aux plus hauts sommets. Tels des fondeurs, sur la route encore bien enneigée, nous suivons les rails. Après 3 kms, nous soufflons un peu. Ailefroide dort tout l’hiver, la route dégagée, elle se réveillera.
La brume descend rapidement, une demi-heure à travers les mélèzes et nous voici au début d’un grand plateau, il s’agit du Pré de Mme Carle. Quelques flocons, le mauvais temps et là, plus de visibilité et sous la neige, nous arrivons au Refuge Cézanne (1874m). Après la soupe, dix centimètres de fraîche et le plafond gris toujours aussi bas, nous décidons de redescendre.
14H, sous la pluie, nous rangeons le matériel dans la voiture, mini étape mais vite à la bière tout de même.
Et le retour, me direz-vous ? Mais peut-être que mon baratin commence à fatiguer, alors j’abrège. Deux heures bloqués pour 10 cm de neige au Lautaret, quelle histoire ! Pour le reste, pas de problèmes, tels des enfants en balade, autrement dit sérieux s’abstenir, enfin, on rigole. Nous réveillons Huguette à 1H du matin, pour Max le voyage est fini. Nous dormons à Noives. Le matin nous évoquons déjà les souvenirs, un dernier repas ensemble chez Max et retour à Saulxures.