Juin 2009
Encore une année de passée, les années passent toujours plus vite depuis que ma vie se résume à ne faire à peu près que ce qu’il me plait et à mon allure. J’espère juste que cela pourra durer encore un bon petit moment.
Le temps de notre expédition annuelle est déjà arrivé : « La pêche au saumon en Alaska ». J’espère que les rives de la Yetna seront très poissonneuses cette année encore. Nous sommes déjà à la mi-juin, le départ est imminent. Comme d’habitude, les préparatifs ont lieu chez Georges au cours d’une bonne soirée orchestrée par Marie-Rose. Nous sommes cinq : quatre habitués, Georges, Aristide, Richard et moi, cette fois il y a David, le fils de Richard, qui a fait l’effort de laisser sa petite famille pour se joindre à nous et lui, il parle très bien l’anglais, c’est un bon traducteur, avec nous il aura du boulot.
C’est Eric qui nous amène à l’aéroport. Tout le monde est là, les formalités se passent à peu près bien, le voyage aussi : Francfort – Anchorage direct. J’ai tout de même une petite frayeur à l’aéroport, mon sac arrive le dernier, je repensais déjà à l’an dernier, où je n’avais eu mon bagage que deux jours après.
Nous avons quatre heures d’attente pour l’hydravion, ce qui nous permet de faire quelques courses dans un grand magasin, où nous pouvons trouver tout ce qui existe en matière de pêche et de chasse. J’espère y trouver la cuillère miracle qui me fera prendre beaucoup de poisson (on peut toujours rêver). Ici il ne fait pas froid, le temps est couvert, il n’y a pas beaucoup de pêcheurs qui attendent, j’espère que cela sera pareil là où nous allons.
Une petite heure d’hydravion au dessus de paysages magnifiques et Garry nous attend avec la barque. Tous les ans les hydravions se posent dans des endroits différents. Le fleuve, à cause des crues, à la fonte des glaces, change de lit, il est « infidèle ». Nous sommes tous un peu fatigués, ici il est maintenant 15H30 seulement, en France il est 1H30 du matin. Et la journée n’est pas finie !
Je retrouve ma couchette. Nous ouvrons les boites dans lesquelles nous avons laissé notre matériel l’an dernier, tout est en bon état. Nous montons les cannes à pêche, tout doit être en ordre pour demain matin. Tout est bien vert autour de nous, la nature est en plein développement, car ici elle n’a que trois mois pour tout faire : croître, fleurir et se multiplier. C’est pareil pour les animaux, ils se rencontrent et vite vite la famille s’agrandit. Et gare à celui qui n’aura pas assez de force pour affronter l’hiver, il est condamné, c’est la loi de la nature.
Nous sommes tout de même bien fatigués, la nuit est courte, je dors très mal, les copains c’est pareil. Dans deux jours cela ira mieux. Et en plus il y a des moustiques dans notre lodge, ils sont contents de trouver de la chair fraîche !
1er jour de pêche
A 5H nous partons à la pêche. Que nous réserve cette année, où le monde entier est en bouleversement ? A vrai dire cela ne concerne que les humains, les saumons, eux, ont commencé leur migration. Ce dimanche il pleut et il ne fait pas chaud, nous sommes habillés chaudement. L’après-midi, avec le soleil, la différence est de 25°C.
Nous avons quelques touches et nous prenons quatre poissons, mais nous avons le temps, il y en aura pour tout le monde. Il me semble que cette année, il n’y a pas autant de monde que les années passées et c’est très bien comme cela.
La première journée est passée très rapidement. Les menus que nous préparons sont toujours aussi copieux, surtout l’apéro. David doit se mettre à notre régime. Il est maintenant 23H, le soleil est toujours là, c’est splendide. Un petit coup d’œil et je vais me coucher. Je suis dans la première baraque avec Aristide et David. Richard et Georges sont dans la deuxième, dont les murs sont certainement déjà entrain de trembler. Bonne nuit, à demain.
2ème jour
Aujourd’hui c’est très sérieux. Une heure avant l’ouverture, nous sommes déjà en place. Quelques poissons se manifestent, c’est un signe encourageant, les remous qu’ils font nous font penser à de très gros poissons. Les touches se succèdent assez rapidement, j’en ferre un très beau qui, hélas, m’entraîne cent mètres plus bas, dans la corde d’une ancre. En s’enroulant autour, il réussira à casser un hameçon et je le verrai partir tranquillement. J’ai eu l’impression qu’il se moquait de moi, il a gagné. J’en prendrai encore quelques uns, trop petits pour être gardés, mais le plaisir de les prendre est tout de même très grand.
David, lui, aura son jour de gloire, il en sortira deux dont un de 15 kg, ce qui lui permettra de recevoir les félicitations de Suzanne, quelle chance …..
Un bon repos et nous repartons pour l’après-midi. Nous passerons plus de temps dans le fond de la barque à dormir plutôt que de surveiller les cannes. Le temps est assez lourd, un orage se profilant à l’horizon, nous décidons de rentrer. David a l’air content de ces premiers jours. Un peu de repos nous fera du bien. David fait la soupe, c’est potage avec « croûtons mature » ou « nature ». David était avec moi aujourd’hui, il se débrouille bien pour un « bleu ».
3ème jour
Cette nuit se passe très bien, nous sommes pratiquement acclimatés, nous dormons peu mais bien. Le réveil est un peu difficile. Aristide, Georges et David font la fête aux confitures de Marie-Rose. Richard et moi, c’est plutôt jambon pain un peu plus tard. Nous sommes toujours en place au moins une heure avant l’ouverture, nous avons le temps d’admirer les alentours, qui s’animent petit à petit. Les castors sont déjà au boulot, je crois que pendant l’été ils n’arrêtent jamais de travailler, ils se reposent l’hiver. Les mouettes harcèlent les aigles et les obligent à s’enfuir, ils sont beaucoup moins habiles qu’elles. Tout ce qui est autour de nous est à admirer, le temps d’attente nous paraît même trop court. On discute aussi du menu du jour, de qui rentrera les premiers avec leur poisson pour tout préparer.
Ce matin la pêche n’est pas terrible, j’en ferre juste un qui, au moment de rentrer dans l’épuisette, se fera la malle. David en prendra un qu’il remettra à l’eau. Ah, ces jeunes, ils sont difficiles en plus ! A part cela, pas grand-chose, sauf un gros qui, à un mètre de l’épuisette, me cassera la ligne, c’est pas de chance, mais c’est tout de même émotionnant.
Après un bon repas, bien arrosé, nous y retournons. L’eau commence à monter, il fait bien chaud, le niveau d’eau monte doucement, la neige fond sur la chaîne de montagne du côté de la source du fleuve. Les endroits pour pêcher sont de plus en plus restreints. Cet après-midi je sortirai tout de même un joli 9 kg, au grand désespoir d’un américain qui voulait s’infiltrer parmi nous. Les filets commencent à s’entasser dans le congélateur, il ne faut pas trop se presser et ne prendre que les plus beaux, c’est à peu près 25 kg chacun, pas plus.
Ce soir nous mangeons du saumon, ce n’est pas très original, « carpaccio » à l’apéro, saumon grillé ensuite, c’est excellent. Georges nous sert un « Irish coffee » bien frappé, cela fera un bon somnifère. Il est tout de même près de minuit. Richard veut se lever très tôt, vers 3H, pour « squatter » les plus belles places. Demain chacun aura son poisson. Je vais me coucher. David se moquait d’Aristide et moi pour les ronflements, mais ce soir c’est son tour, Aristide en est témoin. Je fais une chasse aux moustiques « femelles » puisqu’il n’y a qu’elles qui piquent et je m’endors malgré les ronflements de David.
4ème jour
Aujourd’hui temps incertain, les plus courageux c’est nous, personne n’est encore en place. Nous pourrons nous installer où nous voulons. Je me sens un peu fatigué, mais les choses se passent bien. Je prends rapidement un joli poisson, je le garde, j’ai envie de rentrer, d’autant plus qu’il pleut et qu’il y a beaucoup de moustiques.
Après avoir préparé tranquillement mon poisson, je me couche dehors, sous la pluie, bien emballé avec ma moustiquaire, avec des gants. Je m’endors rapidement pendant plus d’une heure. C’est un hydravion, qui fait un bruit infernal, qui me réveille. Il est 10H du matin, les copains sont encore à la pêche, je vais commencer à faire la sauce « bolognaise » pour les spaghetti.
A midi tout le monde rentre, les poissons qui ont été pris ont été remis à l’eau afin de continuer à pêcher, c’est cela le plaisir de la pêche. Les quatre mousquetaires repartent rapidement. Moi, c’est mon jour de repos, je fais une sieste jusqu’à 18H, j’ai besoin de récupérer. Je n’ai pas grand-chose à raconter. Georges est content, il a enfin réussi à sortir un joli poisson, il n’est jamais trop tard. David, lui, se contente de les ferrer, mais il lui casseront la ligne et ils repartiront avec, autour de la gueule, une belle décoration du plus bel effet, qu’ils essayent de faire partir en faisant de jolies cabrioles hors de l’eau, c’est du plus bel effet. Demain je ferai donc une plus longue journée de pêche. Je vais me coucher. Le temps est encore chaud et lourd, les moustiques sont agressifs. Un bon coup d’anti-moustiques et au lit.
5ème jour
Ce jour nous sommes tous bien réveillés et bien décidés à prendre beaucoup de poissons. Le temps est plus beau. Dès le départ nous prenons pas mal de petits saumons, que nous remettons à l’eau. Cela nous permet de continuer à espérer prendre le « Big Fish ». David et Aristide garderont les deux plus beaux. C’est toujours David qui a le record pour l’instant, il a même battu son père, il en est très fier. Cette journée passe rapidement.
Ce soir nous traînons un bon moment autour de la table. Aristide nous raconte quelques bonnes blagues. Richard et Georges regagnent leur domicile. Le groupe électrogène (très précieux, grâce à lui nous avons de l’eau dans la douche) s’arrête lui aussi. C’est le grand silence, juste le moteur d’une barque de quelques pêcheurs attardés qui rentrent, ayant essayé jusqu’au bout du bout de la journée de ne pas revenir bredouilles. Je dois reconnaître que cette année, la pêche est beaucoup plus compliquée, nous devons pêcher beaucoup plus longtemps pour avoir les mêmes prises. Pourquoi ? Là, chacun y va de son hypothèse, pêche intensive au filet dans le delta, température trop chaude dans la journée, je crois plutôt qu’il faut rester philosophe. Cette année c’est comme cela pour l’instant et sûrement que demain nous parlerons autrement.
6ème jour
Ce matin, c’est toujours avec le même moral et le même bonheur que nous repartons. Avec raison, nous avons pas mal de touches, elles nous secouent un peu et puis plus rien, j’ai l’impression que sous l’eau, ils se moquent de nous. Richard en sortira tout de même un moyen qu’il gardera. Aristide aura plus de chance, il est seul dans la barque. En changeant de place, il en sortira un d’une douzaine de kilos, qui remontera le stock. Aujourd’hui les filets que nous avons déjà partent pour être emballés et pour que la demande d’agrément du vétérinaire soit faite afin de nous éviter pas mal d’ennuis à la douane française.
A midi, c’est Richard qui nous a préparé côte d’agneau, pommes de terre sautées, c’est excellent et aujourd’hui il faut beau, tout le monde est en forme, un peu plus de gros poissons et tout sera parfait.
7ème jour
C’est samedi, très bien dormi, maintenant c’est le réveil d’Aristide qui fait son boulot. Pour la pêche c’est assez compliqué, nous ne prenons que des petits poissons entre cinquante et soixante dix centimètres, les gros sont cachés. Aristide sortira tout de même un 10 kg. Georges en a tout de même un aussi, il espérait plus gros, mais il le garde tout de même. Aujourd’hui c’est l’anniversaire du Petit Louis, Richard n’a pas oublié le champagne. David a soigné son entrée dans le groupe avec un très bon vin. Demain c’est déjà dimanche, une semaine est déjà passée. Je vais téléphoner, à la maison il est 8H du matin du dimanche, ici on est encore samedi soir. C’est tout de même bien de pouvoir parler un peu à la maison.
8ème jour
Nous sommes très vite sur pied, un peu grincheux tout de même, mais toujours un bon moral. Je suis avec Georges, Aristide est avec David, Richard travaille en solitaire aujourd’hui. Aristide va directement à une place qu’il a repérée hier, où il en a sorti quelques petits. Richard les rejoint, moi et Georges on s’installe un peu plus haut, dans un coin plus calme que j’aime assez. Je crois que là, les saumons sont obligés de passer pour remonter. Le démarrage n’est pas foudroyant, chacun commence à tourner la tête pour voir ce qui se passe chez les voisins, mais tout est calme. Le premier que j’ai au bout se décroche rapidement (encore un de raté). Une heure plus tard, j’en sors tout de même un moyen, je décide de le garder. Richard nous rejoint, leur coin n’est pas terrible. Georges va avec lui dans la barque, moi je rentre, je suis de corvée de patates, puisque j’ai pris le premier saumon.
Aujourd’hui Garry mange avec nous, tout le monde est là pour midi.
Menu : apéritifs variés (très longs), amuses gueule, steak californien, petits pois, pommes de terre sautées, salade de fruit noyée (rhum). Le tout arrosé par un vin californien Cabernet Sauvignon. L’ambiance est formidable, mais il faut tout de même songer à reprendre le boulot.
Richard et Georges repartent en premier. Aristide et David font une sieste. Après un peu de ménage je fais aussi une sieste. David et Aristide repartent aussi, moi je me réveille à 18H30. Je prends la dernière barque et je vais dans un coin tranquille, je suis seul, il vaut mieux être prudent. Je cale ma canne et je m’installe confortablement. Je ne tarde pas à m’assoupir, se sont des secousses terribles qui me réveillent. Je réussis à débloquer la canne, il y en a un beau au bout. Je mets le moteur en marche, je décroche l’ancre et me dirige doucement vers le large à la suite du poisson qui m’entraîne. J’ai un peu peur de le rater. La canne à la main, la manette du moteur dans l’autre, je suis maintenant à plus de cinquante mètres de la berge, il n’y a plus d’obstacles, je peux laisser la barque dériver lentement et saisir l’épuisette. Le poisson est maintenant près de moi, je le vois bien, c’est un très beau gris, les connaisseurs apprécieront. Je réussis à le mettre à l’épuisette et à le tirer dans la barque, il se débat encore pas mal. Je m’assieds et je reste un moment à le regarder, ce sont des émotions comme cela que nous venons chercher ici. Je vois la bouée de mon ancre qui est maintenant à plus de deux cent mètres en amont. Je remonte tranquillement, je la récupère et décide de rentrer. Je passe voir Aristide et David. David a un poisson, il rentre avec moi. Nous préparons nos filets. Richard et Georges rentrent un peu plus tard, ils ont aussi bien pêché. Il me semble que la migration est en bonne voie.
Nous préparons la soupe, ce soir c’est velouté d’asperges. Il est presque 23H, Aristide n’est toujours pas là et il est seul dans la barque, il cherche le gros saumon, celui qui ne sort que le soir. Nous mangeons sans lui. Richard et Georges vont se coucher. David relit un « Agatha Christie » pour au moins la troisième fois et s’aperçoit finalement que l’assassin est toujours le même. Aristide rentre tout de même avec un petit saumon, que nous mettons au frigo pour notre consommation personnelle. Il nous raconte son épisode du gros saumon, qui a mordu lorsqu’il dormait profondément dans le fond de la barque ainsi que Georges. Ce sont des pêcheurs qui étaient plus haut et qui, voyant la canne s’agiter, les ont alertés, le poisson se débattant de tout sa force. Les deux compères, qui dormaient à poings fermés, ont été réveillés en sursaut et n’ont pas fait les bonnes manœuvres, un peu de panique, corde de l’ancre dans l’hélice, moteur bloqué etc… mais l’essentiel a été sauvé, le poisson était dans l’épuisette et c’est l’essentiel. Encore une belle journée de passée.
9ème jour
Aujourd’hui je pars avec Richard. Comme toujours, nous sommes en place de très bon matin, nous en profitons pour faire une revue de matériel. Georges me montre un leurre tout neuf, qu’il est impossible de faire fonctionner, il en profite pour le démonter pour récupérer les hameçons et s’apprête à le laisser partir au gré du courant. Je le récupère, l’envoie vers Richard et Aristide, qui sont plus bas sur la rivière. Le voyant passer, Richard le récupère avec l’épuisette. Croyant faire une bonne affaire, il le rééquipe en hameçons et essaie de pêcher avec. Malgré tous ses efforts, c’est impossible. Un peu plus tard, Georges lui racontera l’histoire, il le prendra avec un demi sourire, on s’amuse comme on peut !
Cette journée est pluvieuse, il fait assez froid. La matinée se passe sans aucune touche. Heureusement le repas de midi nous réconforte, nous repartons de plus belle, sans plus de succès, personne ne prendra plus rien, juste un qui se décrochera.
Ce soir nous mangeons tout de même du poisson frais, il est vraiment excellent. Il est maintenant 23H, il fait encore grand jour, malgré la pluie. Les sommets environnants sont de nouveau couverts de neige et le mont Mc Kinley, que j’aime contempler depuis notre gîte, est complètement caché. Cela me coupe un peu le moral, je vais me coucher. Demain c’est mardi, plus que quatre jours de pêche. J’espère que les poissons vont y mettre un peu du leur, sinon tout le monde ne pourra pas ramener ses trente kilos de filets habituels. Allez, courage, demain sera sûrement une bonne journée.
10ème jour
Ce matin il pleut doucement. Comme d’habitude, nous nous installons là où nous voulons. Il y a quelques saumons qui font des ronds dans l’eau, j’aime voir cela, en général ces poissons sont assez mordeurs. Ca ne sera pas vraiment le cas. La matinée se passe assez calmement. Juste un très beau, que je tiendrai un moment au bout de la ligne, mais il finira par me casser. C’est dommage, mais tant pis, j’aurai l’occasion d’en prendre un autre, cela ne me déçoit pas tellement, j’ai du plaisir à rester au bord de l’eau.
Cet après-midi, puisque les poissons ne viennent pas dans notre secteur, nous décidons d’aller à leur recherche dans des coins que nous avons connus les années précédentes. Bien nous en a pris, puisque Aristide, le premier, en sort un très beau. Chacun aura des touches, mais la plus belle c’est David, qui ramènera un moulinet qui semble en très bon état et en plus nous pensons que ce moulinet est celui que Georges avait perdu l’an dernier (voir l’épisode 2008). Il récupère aussi quelques leurres, c’est un vrai dragueur (de rivière uniquement).
Avec Aristide, nous rentrons assez tôt pour nettoyer nos poissons. David est rentré encore plus tôt, Monsieur Prostate a fait des siennes, mais il a tout de même pris le temps de nous faire des bananes flambées, c’est un spécialiste. Le temps a été assez mauvais, une terrible averse de grêle a fait fuir tout le monde et après le soleil est revenu. J’espère que demain nous pourrons de nouveau nous prélasser sur les barques. Richard en profite pour mettre l’intendance à jour, les restes sont emballés, mis au frigo, puis jetés le lendemain, pas de gaspillage ….. Il y a pas mal de moustiques dans notre coin couchette, une petite chasse et au lit. J’espère qu’ils se contenteront de la chair la plus fraîche (David n’est pas d’accord) Aristide rentre, il est tard.
11ème jour
Plus que deux jours de pêche et notre séjour sera terminé. Malgré la fatigue et les grandes journées que nous faisons, le temps passe très vite. Je suis avec David, nous allons dans un coin que nous supposons excellent. La journée est presque ensoleillée, nous avons quelques touches. L’eau est très basse et les poissons sont un peu partout. Seul Aristide fera une belle pêche aujourd’hui, ce qui fera tout de même monter la moyenne générale. Demain je serai avec Richard, il me faudrait encore deux poissons de huit ou neuf kilos et je serai content de ma pêche. Aristide et David font la vaisselle (surtout David). Aristide, lui, prépare déjà pour le petit déjeuner car maintenant nous dormons bien, sans le réveil nous serions en retard. Nous avons réussi à exterminer à peu près tous les moustiques dans notre coin, c’est beaucoup plus agréable. Tout va bien, malgré l’odeur d’insecticide qui nous anesthésie à moitié. A demain.
12ème jour
Ce jour, je sens que la journée sera bonne. Après un réveil toujours aussi dur, avec Richard nous nous dirigeons vers un coin que nous avons repéré. La place est libre. Quelques minutes plus tard, Richard sort un joli poisson et moi, une heure après, un autre. Nous rentrons au lodge, nous pouvons tranquillement préparer nos poissons. C’est pas mal de boulot : le dépouillage, le nettoyage, la découpe de la tête et des nageoires et le fignolage des filets, nous ne prenons que ce qui est très beau. Aristide a aussi le sien, malgré un premier poisson qui, en se débattant, est passé sous le moteur et a cassé le fil.
Je repars avec Richard, mais nous ne verrons plus rien avant midi. Après le repas, nous repartons, la sieste se fera dans la barque, bercé par le clapotis de l’eau. Aristide et David sont partis avec Georges à la poste, à une heure de bateau d’ici. Le postier a 86 ans, il est de service depuis 1946 et la relève n’est toujours pas assurée. Je reprends un saumon et vers 18H nous rentrons. Le temps d’emballer mon poisson et un bon apéro, Aristide et David ont préparé le repas. Cette nuit est agréable, Garry nous a donné un anti-moustiques très efficace, dommage que le séjour soit presque fini. Je n’ai plus besoin de dormir la tête sous la serviette, c’est tout de même plus agréable.
Dernier jour de pêche
Très tôt, comme d’habitude. Mais le niveau d’eau a beaucoup baissé, il parait que c’est une année spéciale, les gars d’ici n’ont jamais vu le niveau si bas aussi tôt dans l’année. Même les poissons sont désorientés, au lieu de suivre le fil de l’eau, ils sont repartis dans toute la rivière, donc très difficiles à localiser, il faut les pister. Aujourd’hui, seul Richard et Aristide tireront leur épingle du jeu. Nous rentrons et commençons à faire les valises, l’hydravion vient nous prendre à 9H. Nous faisons l’inventaire de nos provisions, il reste quelques bricoles, quelques bouteilles d’eau, le whisky est épuisé.
Aujourd’hui nous nous couchons de bonne heure et demain nous pourrons dormir un peu plus longtemps. Je suis assez fatigué, le séjour a été assez dur pour tous, avec une moyenne de douze heures par jour au bord de l’eau. Mais le temps a été assez clément, assez changeant, grand soleil, averses plusieurs fois par jour, nous avons eu une seule matinée avec du givre sur les barques. Pendant toutes ces journées, Garry a eu pas mal de travail, il doit réparer son avion, il s’est cassé la figure à l’atterrissage, quelque part dans la nature. Il redresse et fabrique certaines pièces lui-même. J’espère ne jamais être obligé de monter avec lui.
A 6H30 nous préparons nos sacs, tout le matériel de pêche est rangé dans des coffres. Au cas où nous reviendrions, beaucoup moins de matériel à transporter. Garry nous emmène au départ de l’hydravion, la place change tout le temps, selon la variation du fleuve. Nous nous installons, c’est un bel appareil, beaucoup plus rapide que les autres petits. Nous arrivons rapidement, nous avons le temps d’aller faire un tour à Anchorage et de manger les spécialités « King Crabe » et « Halibute », puis c’est direction l’aéroport, où nos bagages et nos poissons nous attendent. Le voyage est assez rapide, la moitié du temps nous dormirons. Pas de problème à la douane. Je suis content d’être à la maison. Je finis de raconter notre séjour, la première à en profiter, qui devra décrypter mes pattes de mouche, c’est Jocelyne, je l’en remercie.